Van Breedam : “Nous ne pouvons pas résoudre un problème avec la façon de penser qui l’a causé”

 09/04/2018  Yannick Haesevoets  Opinion
Van Breedam : “Nous ne pouvons pas résoudre un problème avec la façon de penser qui l’a causé”

De nombreux désagréments sociaux sont causés aujourd’hui par des livraisons toujours plus petites et plus fréquentes, ainsi que par des délais de livraison toujours plus courts. A une époque marquée par le manque croissant de capacité, ceci se traduit par une fragmentation des flux, une hausse de la ” camionnettisation ” et une congestion paralysante de notre société.

Les modèles économiques logistiques actuels ne sont pas en mesure de regrouper efficacement des flux aussi fragmentés. La bonne nouvelle, c’est qu’un consensus fait jour quant à l’objectif à atteindre dans le futur : l’Internet Physique, c’est-à-dire organiser la logistique de loa même manière que le trafic des données via l’internet.

Ce n’est qu’en effectuant des choix déterminés que les pouvoirs publics pourront aider à accélérer le passage à l’Internet Physique. Ils devront alors adopter un rôle actif avec pour objectif de mieux canaliser, consolider et regrouper les flux sur leur territoire. Ne pas opter pour une organisation de logistique signifie que les flux de marchandises resteront tels quels et qu’ils continueront à être dispersés, ce qui aurait pour conséquence de créer encore plus de désagréments pour la société.

Ce rôle actif des pouvoirs publics peut prendre de nombreuses formes. La création d’un level playing field constitue le point de départ essentiel, par lequel les nuisances pour la société sont imputées à l’utilisateur. Des redevances et taxes seront même nécessaires pour rompre rapidement la spirale négative de mobilité. Un ‘terrain de jeu égal’ stimule la création de capacité disponible collectivement. Au moyen d’une politique de cluster intelligente, intégrée dans une politique d’aménagement du territoire renouvelée, les pouvoirs publics peuvent générer de nombreuses synergies pour les entreprises et la société. Ils pourraient regrouper physiquement et virtuellement des entreprises ayant des chaînes d’approvisionnement complémentaires.

Mutualiser les flux et partager la capacité requiert le partage de données et d’informations par-delà les supply chains. Les plates-formes de partage d’informations qui se multiplient, peuvent constituer un moyen pour relier les supply chains entre elles. Les autorités peuvent contribuer au succès de ces plates-formes en définissant des modèles de gouvernance améliorant et sécurisant l’accès aux données, mais aussi en termes de standardisation, d’uniformisation et d’automatisation. Ceci doit empêcher que – y compris dans la logistique – les plates-formes d’information ne soient elles aussi maîtrisées à terme par les nouveaux monopoles des flux d’information, à savoir les géants de l’internet, qui commencent tout doucement à intégrer eux-mêmes la logistique dans leur convenience shopping.

Les rapports difficiles entre la logistique et la société offrent peut-être une occasion unique pour redessiner radicalement la logistique et pour faire de la Belgique le régisseur intelligent et durable de l’Internet Physique. Les acteurs devront appliquer d’autres modèles économiques et les autorités devront elles aussi jouer un rôle plus actif. Car, comme Einstein l’a dit : ” Nous ne pouvons pas résoudre un problème avec la façon de penser qui l’a causé. ”

Le lecteur intéressé peut télécharger gratuitement une note de réflexion d’Alex van Breedam et Bart Vannieuwenhuyse sur le rôle des pouvoirs publics à la lumière d’évolutions importantes dans le secteur logistique. Ce document en néerlandais se trouve sur http://www.vanbreedam.biz/wp-content/uploads/2016/02/Discussienota-Rol-Overheid-in-Logistiek-1.pdf