Uber Freight : “Nous offrons une magnifique chance aux petites entreprises de transport”

 29/09/2019  Claude Yvens  Economie
Uber Freight : “Nous offrons une magnifique chance aux petites entreprises de transport”

Uber, Uber Eats et maintenant Uber Freight. L’appétit du géant américain semble n’avoir aucune limite. Pour l’instant, Uber Freight ne semble pas provoquer de levée de boucliers. Nous avons voulu savoir pourquoi avec Daniel Buczkowski, Head of Expansion chez Uber Freight Europe à Amsterdam.

Pour faire court, Uber, les consommateurs adorent… et les citoyens détestent. Idem avec Uber Eats et ses concurrents qui utilisent (ou exploitent, selon votre interlocuteur) des coursiers indépendants. Avec Uber Freight, les choses pourraient être différentes, en Europe en tout cas. 

Légalement, Uber Freight BV est une société d’expédition. A ce citre, elle joue le même rôle que des groupes bien établis comme DSV ou Kuehne + Nagel. Techniquement, Uber Freight se présente comme une app avec laquelle il est possible de proposer des frets à transporter ou d’accepter une mission de transport. Un croisement entre une place de marché à la Transporeon (pour le principe) et la nouvelle économie numérique (pour la technologie). C’est ce mélange des genres qui fait d’Uber Freight un acteur unique sur le marché du transport… et qui explique peut-être que le monde du transport attend encore un peu avant de se prononcer sur l’opportunité ou le danger qu’il représente.

De ‘broker’ à expéditeur

TRANSPORTMEDIA : Où en êtes-vous aux Etats-Unis ? 

Daniel Buczkowski : Cela fait deux ans que nous sommes actifs. Au départ, il y avait UberX, puis Uber Eats, qui représentent deux carrefours entre le monde physique et le monde digital. Puis nous nous sommes demandé ce que nous pourrions connecter d’autre, et nous nous sommes rendu compte que le monde du transport routier est très fragmenté et très peu efficace. Aux Etats-Unis, nous sommes un ‘broker’ qui connecte par la technologie des chargeurs qui ont des frets à transporter et des transporteurs qui ont de la capacité disponible. Avec les grandes entreprises, nous nous intégrons dans leurs systèmes par EDI, nous pouvons intégrer notre technologie de fixation des prix via SAP. Les petits chargeurs passeront directement par notre plate-forme pour créer des missions de transport et en suivre l’exécution. 

TM : Est-ce votre statut d’expéditeur aux Pays-Bas est très différent du statut de broker aux Etats-Unis, en termes de responsabilités par exemple ? 

Daniel Buczkowski : La réponse courte serait ‘non’, mais il y a des différences. Dans l’Union Européenne, il y a des règles à respecter, plus des règles qui diffèrent d’un pays à l’autre, et nous respecterons ces règles. Ca ne rend pas notre prise de risque plus élevée, ce sont juste des obligations à respecter, et nous sommes en train de construire une équipe pour cela. Nous prenons nos responsabilités, mais je serais fou de dire que nous savons déjà tout, même aux Pays-Bas.  Nous voulons comprendre comment le marché fonctionne, parce que si nous ne répondons pas à un besoin réel, nous ne survivrons pas en tant qu’intermédiaire sans assets.

Respect des règles

TM : Comment vous assurez-vous que les transporteurs qui travaillent pour vous sont des partenaires fiables pour vos clients ?

Daniel Buczkowski : Tout d’abord, avant qu’un transporteur ne réserve une mission, tous les détails relatifs au matériel, aux adresses et aux heures de (dé)chargement sont clairement visibles via notre app. Ensuite, nous vérifions que le transporteur est en ordre de licences et d’assurance.

TM : Comment vous assurez-vous que les missions de transport sont réalisables dans le respect des temps de conduite et de repos, par exemple ?

Daniel Buczkowski :  C’est le chargeur qui dépose ses offres, mais nous avons du personnel qui peut constater, par exemple, qu’on ne peut pas faire un New York – Chicago en un jour et qui prennent alors contact avec le chargeur pour adapter les horaires. Mais le respect des heures de conduite reste du ressort du transporteur et du chauffeur.

TM : Mais quel est votre niveau de responsabilité à ce niveau ? En Belgique, vous seriez-co-responsable du respect de ces règles…

Daniel Buczkowski :  Nous n’avons pas l’intention de ne pas respecter toutes les règles en vigueur juste pour avoir un joli produit à vendre.

TM : Tout votre système est basé sur une app, et donc sur le smartphone du chauffeur. Ca ne marche donc pas pour du transport non accompagné, ou pour du transport intermodal…

Daniel Buczkowski : Nous ne proposons en effet que des trafics en charge complète et 100 % routiers. 

Une masse critique à construire

TM : Pour que votre système fonctionne, vous devez atteindre rapidement une certaine masse critique de clients et de transporteurs. Où en êtes-vous ? Vous venez de passer un accord avec Heineken, mais que représentez-vous pour Heineken aujourd’hui ? 

Daniel Buczkowski : Cela ne fait pas assez longtemps que nous sommes actifs en Europe pour que je puisse répondre à cette question. A titre d’exemple, nous avons débuté aux Etats-Unis dans le ‘Texas Triangle’, puis nous avons développés d’autres hubs, nous les avons connectés entre eux et aujourd’hui nous sommes présents dans 48 états. C’est exactement comme cela que nous allons procéder en Europe, à partir des Pays-Bas (une semaine après cette interview, Uber Freight annonçait son lancement en Allemagne, NDLR).

TM : Même aux Pays-Bas, combien de temps vous faudra-t-il pour proposer assez de frets et convaincre assez de transporteurs ? 

Daniel Buczkowski : Nous sommes là pour le long terme, et nous avons déjà l’appui de clients pour lesquels nous travaillons déjà aux Etats-Unis, comme Heineken.

TM : Où en êtes-vous en Belgique ? 

Daniel Buczkowski : Evidemment, vu la localisation du marché néerlandais, nous avons rapidement testé des transports internationaux, vers et en provenance des pays voisins, dont la Belgique. 

TM : Quel accueil recevez-vous en Belgique ? 

Daniel Buczkowski : Généralement, l’accueil en Europe est positif. Quand il y a des réserves, c’est surtout sur l’utilisation de la technologie, mais nous sommes très ouverts à ce sujet. 

TM : Vous êtes conscients que les transporteurs ne devraient pas trop dépendre d’une plate-forme comme la vôtre s’ils veulent dégager des bénéfices ? 

Daniel Buczkowski : Bien sûr. Mais si nous fournissons un service de qualité aux prix que les chargeurs souhaitent, il n’y a aucune raison pour qu’ils ne nous confient pas davantage de volumes ! Et si nous mettions sur la plate-forme des transports en-dessous du seuil de rentabilité des transporteurs, notre sort serait scellé avant même d’avoir commencé. Notre propre marge doit être calculée en fonction de la valeur que nous pouvons créer pour les chargeurs.

TM : En trois ans de fonctionnement aux Etats-Unis, Uber Freight a-t-il fait baisser les prix ? 

Daniel Buczkowski : Nous travaillons au prix du marché, et les prix de marché fluctuent.

TM : Une dernière question : à quel délai payez-vous ? 

Daniel Buczkowski : A sept jours après l’exécution du transport. Uber a développé sa propre technologie de paiements qui apporte un réel avantage aux transporteurs en termes de cash-flow. 

TM : Et quand êtes-vous payés par les chargeurs ? 

Daniel Buczkowski : Cela dépend du client. 

TM : Mais ce n’est pas moins de sept jours. 

Daniel Buczkowski : Non, nous prenons le risque à ce niveau. Nous offrons une magnifique chance aux petites entreprises de transport : nous payons vite, et nous leur donnons accès à des clients auxquels ils n’auraient jamais accès directement. Le premier transport pour Heineken a été fait par une société qui a quatre camions…

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