Transports Renaux-Descamps : le salut passe par la diversification

 10/10/2016  Claude Yvens  Expertise Center
Transports Renaux-Descamps : le salut passe par la diversification

Implantée au cœur d’une région à faible densité de population, Renaux-Descamps réussit pourtant à grandir de 10 % par an depuis le début de la crise. Les ingrédients de la recette sont connus : service à la clientèle et diversification.

Fabien Renaux et son épouse ont débuté leur activité de transport en 1986. « Je travaillais depuis trois ans comme chauffeur, et il y avait au village un petit transporteur qui souhaitait prendre sa retraite. Nous avons acheté la licence de trois camions pour un million de francs belges. » A l’époque, il transporte surtout des produits pour l’industrie sidérurgique : chaux française pour les aciéries belges, laitier belge pour la France. L’évolution technique des aciéries au début des années 90 a obligé Renaux-Descamps à diversifier ses activités, et ce trait a perduré jusqu’à aujourd’hui.

100 % vrac

«  En 1990, nous avons commencé à transporter les matières premières pour les verreries. De ce fait, nous avons acheté nos premières citernes pour pulvérulents, » poursuit Fabien Renaux. Aujourd’hui, ce sont les travaux routiers qui permettent à l’entreprise de poursuivre sa croissance, en sous-traitance pour les grands soumissionnaires ou des entrepreneurs locaux. Ce pôle représente environ la moitié du chiffre d’affaires : transport d’enrobés, de béton en mixer, terrassements… il faut multiplier les métiers pour faire tourner une vingtaine de camions dans la botte du Hainaut.

«  Pour rouler le plus possible en charge, nous devons au mieux combiner différentes missions. Mais cela devient de plus en plus difficile avec les contraintes du trafic, les règles sur les temps de conduite et les contraintes horaires des clients. A tel point que nos chauffeurs sont parfois obligés de passer la nuit à Nivelles… »

La spécialisation dans le vrac et les transports inter-usines a une autre conséquence pratique : le travail est assez usant pour les véhicules. Pour maintenir son parc en mouvement, l’entreprise a donc continué à développer son atelier. « Nous sommes loin de tout, le garage le plus proche, c’est Denonville à Mariembourg. Nous avons donc deux mécaniciens qui travaillent sur notre flotte, mais le garage est aussi ouvert à d’autres clients par l’intermédiaire de RDTS (Renaux-Descamps Truck Service). Cela nous permet de pratiquer l’entretien préventif et d’abaisser le coût d’utilisation de la flotte, mais nous travaillons toujours avec des pièces d’origine ! », assure Fabien Renaux.

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50 tonnes, non merci

Lorsque le principe de la taxe kilométrique a été connu, Fabien Renaux n’y a d’abord pas cru : « Je pensais sincèrement que ce serait ajourné. Plus le temps passait, plus on se rendait compte qu’il n’y aurait pas de report. Nous avons donc participé aux blocages afin de défendre notre outil. Cela a quand même permis de sensibiliser les clients. Après les grèves, ils étaient plus réceptifs pour discuter de la répercussion de la redevance, mais nous devrons quand même nous manger un quart du coût. »

Outre la redevance, la gestion administrative est lourde et contraignante. « Quand vous pensez que, même avec un OBU en ordre, et étant donc débités des taxes dues, plusieurs transporteurs ont été verbalisés à coup de 1000 euros !  Notons aussi la dangerosité du système… en effet, le chauffeur doit avoir les yeux constamment rivés sur le cadran afin d’en vérifier le bon fonctionnement. »

A ce problème s’en ajoute un autre, lié spécifiquement au secteur dans lequel la société est active. Fabien Renaux : « Les échéances de paiement dans le secteur du transport restent anormalement longues. Cette taxe supplémentaire va diminuer la trésorerie. Pour nous, l’impact sera négatif sur la marge bénéficiaire, mais nous pouvons essayer de contrebalancer cela avec un certain volume de travail et la création de synergies. »

La possibilité de voir la Région Wallonne autoriser des transports à 50 tonnes au titre de mesure compensatoire pourrait enchanter un transporteur de vrac comme Fabien Renaux, mais il n’en est rien : «  Quand on est passé de 38 à 44 tonnes, cela n’a pas eu un effet bénéfique. On a dû investir dans du nouveau matériel, mais à cause de la concurrence, les prix n’ont pas bougé. Dans notre segment du marché, il y a encore beaucoup de cow-boys. Donc, si nous passions à 50 tonnes en six essieux, cela risque d’être la même chose : des investissements supplémentaires, mais pas de meilleurs prix. »

Le sixième essieu pourrait aussi se révéler utile pour éviter les surcharges à l’essieu, mais là encore, Fabien Renaux estime que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Il a eu un seul cas de surcharge pendant un transport d’enrobés. « Une autre fois, un chauffeur a dû pelleter 300 kilos à la main après un contrôle à Drogenbos. Quand vous chargez en carrière, c’est impossible de tout mesurer à 300 kilos près. Là, le contrôleur a vraiment fait de l’excès de zèle ! »

Ces soucis n’empêchent pas la famille de poursuivre son petit bonhomme de chemin en toute discrétion. Fabien Renaux se charge du commercial, son épouse de l’administratif. Leurs deux filles sont aussi de la partie : l’une au dispatching et l’autre au volant de son semi depuis 7 ans. « Je ne demande qu’une chose, conclut Fabien Renaux : pouvoir continuer sur notre lancée. Mais je voudrais quand même voir arriver une loi qui protège mieux le transporteur en cas d’impayés, comme la loi Gayssot en France.» C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter…

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Renaux-Descamps en bref

Siège social : Grandrieu (Sivry-Rance)
Spécialité : vrac (benne, citerne, béton, terrassements)
Personnel : 25 personnes
Chiffre d’affaires : 4 millions EUR
Parc roulant : 20 tracteurs dont 11 Scania, 4 DAF, 4 MAN et un Volvo, 1 porteur Volvo 8×4 avec toupie à béton, 15 bennes Schmitz, 7 citernes Spitzer et 3 mixers Liebherr

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