Tom Verlinden (manager mobilité Port d’Anvers) « Outre un modal shift, un mental shift est nécessaire »

 13/08/2018  Timothy Vermeir  Economie
Tom Verlinden (manager mobilité Port d’Anvers) « Outre un modal shift, un mental shift est nécessaire »

Grâce à un certain nombre d’initiatives ciblées, le port d’Anvers entend améliorer la mobilité. Le modal shift est ici au centre du processus, d’autant que la liaison Oosterweel est cette fois vraiment en vue.

Tom Verlinden est manager mobilité pour le Port d’Anvers depuis le 15 octobre 2017. Il s’occupe de tous les modes de mobilité dans le port : transport de marchandises, rail, navigation fluviale, transport de personnes. Mais que cela soit clair : Tom Verlinden ne travaille ni pour la ville d’Anvers ni pour la Région flamande, et donc sa compétence se limite au port, même s’il collabore évidemment très étroitement avec divers partenaires à l’intérieur et en dehors du port.

La mobilité est problématique depuis longtemps en Flandre et donc aussi dans le port et ses environs. Aujourd’hui, les choses semblent bouger avec la liaison Oosterweel. Est-il dès lors encore nécessaire de prendre des mesures de mobilité complémentaires ? La réponse est oui. « Le projet Oosterweel montre très clairement qu’une partie de la solution consiste à construire une nouvelle infrastructure, mais elle doit aussi venir d’un modal shift. »

Les travaux peuvent cependant aiguiser une prise de conscience par rapport à la problématique de la mobilité. « Outre le modal shift, absolument nécessaire, un mental shift est aussi indispensable. Ces travaux et les perturbations qu’ils génèrent peuvent avoir cet effet. Tout le monde commence doucement à être convaincu qu’il faut éviter de se retrouver bloqués deux heures chaque jour dans la voiture. »

Voie fluviale et rail

« Sur le plan de la navigation intérieure, nous avons déjà fait beaucoup », selon T. Verlinden. « La navigation intérieure se charge déjà de 38 % de toutes les marchandises transportées via Anvers. Dans un premier temps, nous voulons consolider cette part. En ce moment, il y a de nombreux problèmes avec les temps d’attente aux terminaux. Nous avons un programme destiné à maintenir cette part de 38 % pour, à terme, arriver à 42 %. »

La voie ferrée est moins bien ancrée. Pour augmenter au-delà des 8 % actuels sa part de marché, le port veut surtout miser sur une efficacité accrue dans le port même. Lorsqu’un train par exemple arrive à Anvers-Nord, les wagons doivent être éclatés plus efficacement, et éventuellement combinés à des wagons qui arrivent d’ailleurs avec d’autres trains, de manière à ce qu’ils soient tous amenés rapidement au bon terminal. Assembler ce puzzle à chaque fois avec efficacité constitue un grand défi.

Remettre les poids lourds en mouvement

Est-ce que tout cela signifie qu’il n’y a plus de place pour le camion dans le port d’Anvers ? Certainement pas, affirme sereinement Tom Verlinden. « Le poids lourd est idéal pour les marchandises qui effectuent le dernier km au départ du port. Mais pour les biens qui doivent être acheminés plus loin – sans me prononcer sur un kilométrage précis -, on peut se demander si le rail ou la voie fluviale ne sont pas plus indiqués.”

Sans le trafic étranger au port, poursuit Tom Verlinden, les routes se libèreraient pour le trafic portuaire, comme le premier ou le dernier kilomètre qui se retrouve aujourd’hui parfois à l’arrêt. Il faudrait aussi miser davantage sur les ouvertures de nuit. « L’ouverture de nuit a été lancée l’an passé au Deurganckdok. Le démarrage a été lent mais lorsque le tarif de nuit du péage a été réduit dans le Liefkenshoek, les choses se sont accélérées. Le trafic nocturne progresse, mais cela peut encore s’améliorer. » La société portuaire compte dès lors sur l’appel des sociétés de transport à utiliser davantage les ouvertures de nuit tant dans le port que chez les chargeurs dans l’hinterland.

Aplanir les pics

L’impact des actions entreprises par la société portuaire ? Tom Verlinden en attend beaucoup : si le modal split et une meilleure répartition du transport sur 24 heures permettent d’aplanir les pics de congestion, nous pourrons mieux utiliser l’infrastructure existante, indique-t-il. « De plus, en tant que société portuaire, nous jouons un rôle de locomotive et d’intermédiaire, mais les initiatives et les plans d’action sont lancés sur le marché en très étroite collaboration avec toutes les parties prenantes. Le dernier ‘Plan d’action Transport fluvial de Conteneurs’ en est un bel exemple. Les investissements de toutes les parties sont là particulièrement importants et nous nous engageons tous à atteindre le même objectif : une chaîne fluide et transparente », dit-il.

Modal shift, y compris pour les salariés

Plus de 142.000 personnes travaillent dans le port d’Anvers. Aujourd’hui, un grand nombre d’entre eux se rendent encore au travail en voiture. Voilà encore un chantier pour Tom Verlinden. « Les entreprises ont du mal à recruter. Pire encore : certaines d’entre elles nous ont fait savoir qu’en ce moment des gens démissionnent à cause des problèmes de mobilité. » Le Port d’Anvers a pris 4 initiatives pour sauvegarder l’accessibilité du port aux personnes :

  1. Le bus vélo. Grâce au bus vélo, qui roule depuis le 3 avril dans les tunnels Tijsmans et Liefkenshoek, les gens peuvent plus facilement passer de la rive gauche à la rive droite et inversement en vélo.
  2. Les navettes fluviales. Une navette navigue d’ores et déjà entre Hemiksem et Anvers ville. La société portuaire aimerait prolonger ce trajet vers le nord.
  3. Transport collectif par bus. Tom Verlinden aimerait regrouper les systèmes de transport collectif par bus existants pour en faire une solution plus globale pour toutes les entreprises du port.
  4. Vélos électriques. Les transports en commun n’entrent pas dans le port. « C’est pourquoi nous étudions la possibilité d’un système collectif de vélos électriques. Les gens prennent le vélo le matin à la gare ou à une halte, le laissent sur le lieu de travail pendant la journée et repartent le soir avec le même vélo. »

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