Prévention des risques liés à la conduite

 03/11/2011  Claude Yvens  Expertise Center

Eviter ou diminuer les risques liés à la conduite passe par des mesures individuelles, au niveau du comportement. Mais celles-ci seront inefficaces si des changements organisationnels, structurels ou d’équipement ne les appuient pas.

Pour les risques physiques, citons d´abord l´acquisition de matériel performant avec bonne suspension de cabine, siège réglable avec un bon appui lombaire et poste de conduite réglable et réglé aux caractéristiques de l´utilisateur. Pour éviter le stress, on peut proposer des démarches individuelles de gestion du stress, mais qui seront inefficaces si elles ne sont pas accompagnées d´une réflexion de l´entreprise sur les facteurs organisationnels générateurs de stress. Le respect de la réglementation des temps de travail et de repos est aussi un point essentiel. Enfin, il semble que l´implication des conducteurs dans leurs itinéraires de livraison soit aussi importante et leur donnerait plus d´autonomie. Quant aux comportements individuels, il faut s´inscrire dans une démarche de promotion de la santé et de promotion de comportements favorables à la santé. Ces comportements peuvent être facilités par des dispositions légales (ex. le tabagisme) et structurelles (p. ex. proposer aussi des menus équilibrés dans les restaurants).

Risque d´accidents

Quand on parle de risques professionnels liés à la conduite de véhicules, et plus particulièrement de camions, le premier risque qui vient à l´esprit de tout un chacun est celui d´accident. Alors que les camions sont proportionnellement moins souvent impliqués que les autres véhicules dans les accidents corporels, ils le sont plus souvent dans les accidents mortels. En termes d´accidents de travail, le secteur des transports terrestres est un des moins bien lotis, avec celui de la construction et le secteur intérimaire. Mais les accidents ne sont pas les seuls risques pour la santé associés à la conduite de poids lourds. D´autres risques physiques ou même chimiques peuvent influencer notre santé, ainsi que des problèmes d´organisation du travail ou des mauvaises habitudes de santé, plus souvent présentes chez les routiers professionnels.

Risques physiques : les vibrations

Les premiers risques bien connus des préventeurs sont les risques physiques, et tout d´abord l´exposition aux vibrations, qui dépendent du type de véhicule, de sa charge et de l´état de la route, même si une étude canadienne n´a pas montré d´exposition supérieure aux valeurs limites. Les conducteurs de camions citernes peuvent en outre subir des vibrations suivant l´axe avant-arrière, en plus du haut-bas. Certains chauffeurs effectuent aussi des manutentions manuelles de charges lors des opérations de chargement-déchargement, ainsi que le bâchage-débâchage. Ces facteurs peuvent entraîner des problèmes musculosquelettiques du dos. La position assise prolongée, peut entraîner des problèmes au cou, épaules ou dos, ainsi que des troubles digestifs (constipation ou hémorroïdes). L´exposition au bruit peut aussi être importante (camion, trafic, route, chargement-déchargement). L´ouverture de la fenêtre et la radio seraient les deux facteurs augmentant le plus le bruit dans la cabine.

Risques physiques : la pollution

Les chauffeurs professionnels (et principalement en ville) sont exposés à la pollution urbaine et aux gaz d´échappement, composés notamment d´oxydes de carbone ou d´azote, de plomb, d´hydrocarbures divers, … Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a d´ailleurs classé les effluents diesel dans la catégorie 2A de cancérogénicité (preuves démontrées chez l´animal, mais insuffisantes chez l´homme). Cette exposition semble plus marquée chez les gens travaillant « en local » que chez ceux effectuant de longues distances.

Risques psychosociaux

Le stress est favorisé par une série de contraintes liées au travail : forte demande psychologique (vigilance importante lors de l´activité de conduite, respect des horaires, écoute des clients, …), une faible latitude décisionnelle et un faible support social (travail généralement isolé). Des facteurs organisationnels peuvent expliquer ou augmenter ces contraintes : les horaires de travail, la durée de travail (même si la réglementation est maintenant plus sévère sur ce point, de nombreuses entorses ont été notées par les chercheurs), le délai de prévenance des horaires, les outils de contrôle limitant l´autonomie (planification d´itinéraires, ordinateurs de bord). En ce qui concerne le risque de violence, les routiers sont surtout concernés par le vol de leur camion, contrairement aux chauffeurs de bus ou de taxi, confrontés à l´agressivité éventuelle des passagers.

Comportements individuels

Les comportements individuels des chauffeurs professionnels peuvent aussi être néfastes à leur santé. Ainsi, ils sont plus nombreux à fumer que le reste de la population. Ils consomment aussi plus de café et plus de produits psychoactifs (somnifères, tranquillisants principalement).  Ils reconnaissent aussi avoir des difficultés à équilibrer leur alimentation (horaires irréguliers, consommation d´en-cas, repas rapides, nourriture des restaurants routiers non diététique).

Répercussions

Tous ces facteurs de risques peuvent avoir des répercussions sur la santé. Tout d´abord, des problèmes de fatigue et des troubles du sommeil, entraînant une dette de sommeil et donc une somnolence au volant. Des études ont montré que les chauffeurs professionnels souffraient aussi plus fréquemment du syndrome d´apnées du sommeil (ronflements et arrêts respiratoires pendant le sommeil donnant un sommeil de nettement moins bonne qualité). Le stress chronique est aussi plus important et/ou plus fréquent que dans d´autres professions. Les chauffeurs professionnels sont aussi plus fréquemment en surpoids ou obèse. Avec les autres facteurs de risque, cela entraîne donc plus d´infarctus du myocarde ou d´accident vasculaire cérébral (« thrombose »). Les atteintes ostéoarticulaires sont aussi courantes : douleurs dorsales et lombaires, arthrose. Le problème du cancer est plus controversé, et il semblerait en tout cas qu´il y ait une légère augmentation du cancer du poumon et de la vessie, principalement pour les chauffeurs des grandes villes. La prévention de ces affections passe non seulement par des mesures individuelles, mais aussi structurelles et organisationnelles (voir encadré).
Tous ces problèmes de santé peuvent eux-mêmes avoir des conséquences sur le métier. Il suffit de penser à la réglementation sur le permis de conduire et aux restrictions de l´aptitude en cas de problème cardiaque, de somnolence ou de prise de médicaments. L´absentéisme entraîne aussi des coûts humain, organisationnel et financier. Chacun a un rôle à jouer pour plus de bien-être au travail.

Dr Michel Muller, Médecin du travail, HDP-AristA

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