Ordinateurs de bord : les constructeurs veulent vos données

 07/07/2016  Claude Yvens  Expertise Center
Ordinateurs de bord : les constructeurs veulent vos données

Après avoir pataugé pendant de nombreuses années, les constructeurs de poids lourds veulent reprendre la main sur le front des ordinateurs de bord embarqués. Pour cela, ils étendent leur palette de services au-delà du camion même.

La plupart des gestionnaires de flotte n’utilisent pas leurs ordinateurs de bord à fond. Cette constatation est survenue à la lecture des dossiers des candidats au Transporteur de l’Année 2016. Un des candidats, pourtant client Volvo et équipé avec Dynafleet, ne savait pas qu’il pouvait utiliser ce système pour calculer des bilans CO2.

« C’est pourtant très simple à faire, explique Pieter De bruyn, Product Support Engineer chez Volvo Trucks Belgium. Dans le rapport de suivi, le client peut connaître le nombre de litres de carburant consommés avec une précision de l’ordre de la minute. Il suffit de mesurer ce chiffre par 2,64 pour obtenir un bilan CO2 à envoyer au client. » Simple, mais pourtant ignoré par beaucoup… « Lorsqu’un transporteur doit envoyer un bilan CO2 à un de ses clients, la demande arrive directement chez nous dans neuf cas sur 10 », confirme Philippe Jacquemyns de Volvo Trucks Belgium.

Les rapports CO2 ne sont cependant qu’une des nombreuses possibilités offertes par les systèmes télématiques embarqués. Ces possibilités se sont fortement étendues depuis la généralisation des systèmes d’aide à la conduite économique. En juin 2016, force est pourtant de constater que l’offre télématique des différents constructeurs est loin d’être uniforme, comme l’indique le tableau ci-contre. DAF, par exemple, ne propose pour l’instant aucune offre télématique, au-delà du Driver Performance Assistant qui donne des conseils de conduite économique au chauffeur en cabine. A un point tel que DAF propose un ordinateur de bord indépendant en option au Royaume-Uni (en partenariat avec Microlise).

Chez Renault Trucks, c’est juste le contraire : le client peut opter pour l’Infomax, un outil hyper-détaillé qui analyse le véhicule même, et le Optifleet qui est un cousin du Dynafleet de Volvo Trucks. « L’avantage d’Infomax, c’est qu’il suffit d’un PC et d’un kit pour analyser tous les véhicules de la flotte, sans frais d’abonnement. Par contre, il n’est pas possible de se connecter à distance et une connaissance minimale des paramètres de comportement de conduite est requise. Avec Optifleet, c’est  nous qui générons des rapports simples pour 95 % des clients. Mieux vaut un rapport simple et lu qu’un rapport trop détaillé que personne ne lit », reconnaît Philippe Flebus (Transport Solutions Manager chez Renault Trucks Belgium).

Beaucoup de neuf à l’IAA

Le salon IAA va probablement modifier la donne. Le groupe Volkswagen, entre autres, a annoncé un ‘feu d’artifice d’innovations télématiques’ pour les mois et les années à venir, donc pour ses marques MAN et Scania. Il est acquis que MAN présentera une toute nouvelle version de son MAN Driver Connect.  En vertu de la rivalité entre VW et Daimler, exacerbée par la personnalité des deux patrons ‘truck’ des deux géants allemands, Mercedes-Benz va lui aussi étendre son offre Fleetboard, notamment à la semi-remorque.

Les autres nouveautés attendues sont un véritable service de diagnostic à distance chez Iveco et MAN et de nouvelles possibilités de gestion de tournées chez Renault Trucks. Il serait cependant étonnant que ni Scania, ni Volvo ne présentent eux aussi de nouveautés importantes.
Sans présager davantage de ce que les constructeurs vont présenter, une seule chose est certaine : tous ces services passeront par des abonnements plus ou moins modulables : les constructeurs veulent pouvoir analyser vos données, mais ils ont au moins autant besoin de revenus récurrents.

Les indépendants font front

Les fournisseurs télématiques indépendants évoluent à marche forcée vers un statut de fournisseurs de solutions logicielles et mobiles. Les constructeurs, en effet (à l’exception de Mercedes-Benz avec le Dispo Pilot Mobile), ne s’y sont pas encore aventurés. L’autre force des fournisseurs indépendants est qu’ils en savant beaucoup plus sur les missions de transport, les tournées… et le chargement.

* Astrata a lancé AppLinc (une app qui intègre des fonctions de Track&Trace et de messagerie), une solution de surveillance des semi-remorques, baptisée Scombox et le service TCS, disponible sur l’ordinateur de bord DriverLinc, qui permet de surveiller en permanence l’état des pneus du véhicule.

*  Masternaut a lancé un module Connect pour faciliter l’entretien préventif des véhicules. Masternaut s’installe ainsi sur les plates-bandes des constructeurs.

* Spedion (distribué en Belgique par Eurotracs) est un des acteurs à miser sur les appareils mobiles (smartphones, tablettes) pour remplacer l’ordinateur de bord traditionnel. Leurs solutions ne se limitent pas à la gestion des tournées et à la signature électronique, mais incorporent l’analyse du style de conduite.

* Transics profite de la force de frappe de sa maison-mère Wabco pour élargir ses services liés au matériel tracté. Wabco a racheté Trans-Safety LOCKS qui développe des solutions de verrouillage et d’anti-vol. Elles seront intégrées à la solution TX-Connect. Transics continue par ailleurs à développer sa solution mobile TX-Smart.

* Au salon SITL, Trimble a présenté une nouvelle génération de son ordinateur embarqué CarCube, plus puissant et avec un écran tactile. La navigation améliorée est désormais en 3D et le CarCube peut lire des fichiers au format Word ou PDF (manuel chauffeurs p.ex.)

* Trimble a également affiné des solutions d’analyse de la consommation en partenariat avec Shell. Cette nouvelle solution n’est toutefois accessible qu’aux utilisateurs d’une carte Euroshell. Ce partenariat vaut aussi chez TomTom et Astrata.

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