Michelin Bibendum Challenge 2014 : pour une ville plus durable

 21/12/2014  Claude Yvens  Expertise Center
Michelin Bibendum Challenge 2014 : pour une ville plus durable

C’est à Chengdu (Chine) que Michelin a rassemblé plusieurs milliers de décideurs autour du thème de la mobilité durable. Le focus de cette 12e édition du Bibendum Challenge était la mobilité urbaine, et il s’en dégage une feuille de route intéressante à plus d’un titre.

Le programme du Challenge Bibendum 2014 s’articulait autour d’un Green Paper ambitieux : tracer les contours de la mobilité urbaine de demain, dans un contexte de croissance. Le choix de la ville chinoise de Chengdu n’était pas innocent : cette ville de 15 millions d’habitants a quintuplé de taille en 25 ans…

 

Peu de progrès technologiques

 

On a relativement peu parlé de technologies à Chengdu. Comme l’explique par ailleurs Dominique Aimon (Michelin), les choix technologiques sont aujourd’hui plus ou moins arrêtés, et il s’agit moins de savoir quelle propulsion alternative choisir dans un contexte donné que de dire quand et à quelle condition l’électricité s’imposera en ville.

Prenons le parc de véhicules qui s’offraient à un galop d’essai. Peu, voire aucun d’entre eux ne montrait une technique réellement nouvelle (électricité, gaz, hybride PHEV, pile à combustible…). Par contre, la manière dont un mode de propulsion peut se décliner a donné lieu à des expériences amusantes de mobilité unipersonnelle. Et voilà bien une des premières lignes de force de ce Bibendum Challenge : la mobilité urbaine sera de plus en plus assistée. Selon Frost & Sullivan, la Chine développe actuellement plus de 100 solutions de mobilité individuelles dont la moitié entrera en production avant 2016. Attendez-vous à les voir arriver en Europe un peu plus tard, dans nos villes ou… nos entrepôts.

Que ces drôles de véhicules soient un jour connectés ne fait aucun doute. Les orateurs les plus optimistes (Jochem De Jong de Google p.ex.) sont aussi certains qu’ils seront autonomes. Globalement, ce ne sont pourtant pas les constructeurs automobiles qui sont à la manœuvre (on aurait aimé voir des constructeurs comme Toyota démontrer les qualités de véhicules innovants comme l’I-Road, par exemple). Les grincheux annoncent même qu’au 21e siècle, l’industrie automobile ne dicte plus l’évolution de la société comme elle le fit au 20e siècle, mais qu’elle se contente d’intégrer les innovations d’autres secteurs (connectique en tête).

En attendant, les habitants de Chengdu se déplacent massivement en scooter électrique. Nulle borne de recharge n’est visible : chacun recharge ses batteries… au plomb à la maison. La notion ‘well-to-wheel’ a encore du chemin à faire ici, mais la Chine sera capable d’imposer les batteries Lithium-ion quand son industrie pourra les sortir en quantités suffisantes.

 

Zones à émissions ultra-faibles

 

L’électricité était en effet au centre de tous les débats. Bien plus que le gaz ou l’hydrogène. Pourtant, une bonne partie des taxis et des bus de Chengdu roulent au CNG, et il se dit que la chine veut faire passer la part du gaz dans son mix énergétique de 5 à plus de 20 % d’ici 2020.

Plus que la technique pure, c’est la redéfinition des concepts de déplacement qui offrira une solution aux problèmes de mobilité actuels. Avec une bonne dose d’interventionnisme de la part des villes elles-mêmes. La voie est relativement bien tracée : il faut d’abord imposer des zones à faibles émissions (LEZ), puis des zones à émissions ultra-faibles (ULEZ) dans le centre-ville.

Ces zones auraient pour principal bénéfice d’encourager une notion de multimodalité à l’intérieur des villes, à savoir la combinaison de plusieurs modes de déplacements primant sur la possession d’un moyen de transport. Londres fait ici figure d’exemple : le péage urbain instauré en 2005 n’est qu’une première étape. En 2020, selon la volonté du maire Boris Johnson, la même zone ne sera plus accessible pendant les heures de travail qu’aux véhicules à très faibles émissions ou à émissions nulles de CO2. “Le chantier londonien résulte d’un plan à long terme pour réduire les émissions,” explique Andrew Eastlake, Directeur général de la cellule Low Carbon Vehicle Partnership. “Les éléments clés de la réussite de ce projet sont la volonté politique, une logique basée sur les données et d’encourager les résidents à développer leurs propres applications pour s’adapter à la LEZ.”

Ce type de volonté politique se retrouve dans des villes de moindre importance comme Stockholm ou Grenoble. Dans notre prochain numéro spécial Truck & Business City, nous verrons si et comment les villes belges peuvent suivre la même voie.

 

Et Michelin dans tout ça ?

 

Le grand organisateur de l’événement avait le bon goût de ne pas se mettre en avant toutes les demi-heures. Mais le cap suivi par le manufacturier est clair. Il continuera à développer des innovations technologiques (un camion chinois faisait la démonstration de la technologie SelfSeal, où un pneu percé par un clou ne se dégonfle plus), mais il va étendre son empreinte bien au-delà du pneumatique.

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