TRUCK & BUSINESS 265 (mai 2018)

 31/05/2018  Yannick Haesevoets  

Digitaliser oui, mais jusqu’où ?

Ce numéro de Truck & Business est largement placé sous le thème Transport 4.0. La digitalisation n’en finit plus de bouleverser les schémas de pensée établis, et nous avons voulu (modestement) non pas faire un état des lieux (il bouge tout le temps), mais vous projeter dans l’avenir du transport digitalisé. Ce faisant, nous avons pris des risques puisque, comme le disait Pierre Dac, « les prévisions c’est difficile, surtout quand elles concernent l’avenir ». Accordez-nous donc une certaine marge d’erreur dans les articles situés entre les pages 44 et 62.

Dans certains cas, nous espérons même nous être trompés. Le transport 100 % digital a en effet de quoi faire peur, en tout cas à quelqu’un qui est né au 20e siècle. En noircissant un peu le tableau, on peut imaginer un système de transport routier qui ne fonctionne qu’avec des camions autonomes sans chauffeur, régi par une instance d’intelligence artificielle auto-apprenante. Le facteur humain y serait considéré davantage comme un risque d’erreur ou de lenteur que comme un créateur de valeur ajoutée.

A un niveau plus facile à appréhender, prenez les véhicules entièrement autonomes. Les plus optimistes les annoncent sur certaines routes dans cinq ans, les réalistes pas avant 2035. Personnellement, je ne voudrais pas être à la place du transporteur qui devra faire face au risque de piratage de ses camions autonomes…

Mais peut-être ne sera-ce plus à un transporteur de supporter ces risques ? Après tout, qui aura envie de posséder une voiture qui se conduit toute seule ? L’utiliser, oui, mais l’acheter ? Qui sera donc le transporteur de demain ? Un constructeur de poids lourds en mal de business model ? Amazon ? Alibaba ? Je n’ai évidemment pas la réponse à la question, mais le rythme auquel les changements digitaux s’imposent aux transporteurs d’aujourd’hui ne sera peut-être pas aussi rapide que le prévoient les apôtres du ‘tout digital’. Un exemple ? En 2017, Daimler présentait Fleetboard comme son nouveau pôle de développement de solutions digitales. Avec un ‘esprit start-up’ qu’incarnait la CEO Daniela Gerd Tom Markotten. Quelques mois plus tard, la voilà CEO d’une autre start-up ‘by Daimler’ (Moovel), et il semble bien que le conservatisme d’une partie de l’écosystème du transport routier y soit pour beaucoup.

Tout ceci n’exonère évidemment aucun transporteur de préparer son virage digital. Mieux vaut tard que jamais, au risque de se faire dépasser par plus agile que soi.

 

Claude Yvens,
Rédacteur en Chef.

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