Les assureurs forment les chauffeurs

 16/11/2018  Erik Roosens  Fleet Management
Les assureurs forment les chauffeurs

Mieux vaut prévenir que guérir car en cas de dégâts à un poids lourd (coût moyen : 2 500 euros), le véhicule doit rouler plus de six mois pour récupérer ce montant. C’est pourquoi les assureurs se concentrent de plus en plus sur la prévention des accidents.

Plus de la moitié des dommages aux poids lourds sont occasionnés durant les manœuvres. Heureusement, il s’agit le plus souvent de dégâts matériels. Mais d’un point de vue économique, les coûts grimpent rapidement pour une société. Selon TVM, un sinistre coûte en moyenne 2 500 euros et il faut six à huit mois pour récupérer ce montant avec un poids lourd. « Avec un bon plan de prévention, les dommages baissent après trois ans – parfois même plus rapidement – de 30 % en moyenne, ce qui équivaut pour un parc de dix véhicules à une économie de 7 500 euros », explique Frank Van Nueten, directeur général de TVM Belgium.

Pour éviter ces sinistres, TVM organise avec WABCO Belgium des formations sur mesure chez ses clients. Idéalement limitées à trois chauffeurs par instructeur, elles portent au total sur douze manœuvres, de la perception correcte de l’angle mort avec prise de décision adéquate au choix de la position en passant par la façon de tourner dans un espace étroit.

Code 95

La problématique de l’angle mort est abordée dans la partie théorique, comme les techniques de visualisation, les aspects mentaux, les contrôles et les risques liés à certaines manœuvres. La partie pratique est consacrée aux situations problématiques chez le client. Les chauffeurs s’exercent, en fonction des dégâts les plus courants, à régler les rétroviseurs, atteler/décrocher, chercher de l’espace, effectuer diverses manœuvres, évaluer l’angle mort ou contrôler le véhicule. La formation coûte 325 euros et donne droit à sept points de crédit pour le Code 95.

« Mais ces formations ne sont pas suffisantes », précise Marc Van Grootel, conseiller senior en prévention et gestion des risques de TVM Belgium. « La prise de conscience au sein de l’entreprise est importante, y compris dans les plus hautes sphères. » Marc Van Grootel a présidé pendant 27 ans aux destinées de la société Groover International qui a remporté deux fois le Truck Safety Award, en 2005 et 2016. À l’époque déjà, il accordait beaucoup d’importance à la sécurité routière. « La plupart des sinistres se produisent durant les manœuvres », déclare-t-il. « Souvent, les dégâts peuvent aisément être évités si le chauffeur a le réflexe de sortir pour voir si ce qu’il veut faire est réalisable sans casse. La perte économique des dommages liés aux manœuvres est aussi bien plus importante que la perte matérielle pure. Il faut tenir compte des dégâts indirects comme la mise en péril du planning, le travail administratif supplémentaire et l’indisponibilité du véhicule en réparation. »

Pour mener une bonne politique de prévention, TVM procède à des analyses de sinistres chez ses clients. L’assureur identifie les dégâts les plus courants et les chauffeurs qui causent le plus de dommages. Il s’appuie sur les sinistres mais analyse aussi les données du tachygraphe. Celles-ci peuvent donner des indications sur les chauffeurs qui présentent un risque d’accident plus élevé. Cette approche porte ses fruits : il ressort des chiffres de Van Dievel Transport que la fréquence des sinistres a diminué de moitié en quelques années.

SAFE.T

Le courtier D’Hondt Insurance – intermédiaire entre le transporteur et la compagnie d’assurances – commence lui aussi par une analyse des statistiques d’accident. Pour chaque société, il analyse où et quand les accidents se produisent et qui les a causés. « Nous établissons avec le client un plan de prévention », indique Jonas Dejager, Marketing & Business Development Manager de D’Hondt Insurance. « L’analyse est entre autres basée sur les données du chauffeur issues de la boîte noire. Une consommation supérieure à la moyenne est souvent un signal et révèle généralement une conduite moins prudente. La personne dont le chargement présente souvent des dégâts devra elle aussi être recadrée. »

D’Hondt Insurance s’appuie sur une approche globale qui englobe l’ecodriving. « Une conduite prudente va de pair avec une certaine sobriété et une conduite économique génère moins d’usure mécanique, par exemple au niveau des freins », explique Jonas Dejager. « Mais il est très important d’impliquer le chauffeur, sinon cela n’a pas de sens. En collaboration avec IMOB (Université de Hasselt), nous avons développé l’appli SAFE.T qui accroît cette implication. En introduisant des scores, nous ajoutons un élément ludique dans le travail des chauffeurs, qui peuvent concourir pour le titre de meilleur chauffeur. Les sociétés de transport devaient aussi pouvoir récompenser les chauffeurs avec un score élevé. »

Le professeur Geert Wets, qui a participé au développement de l’appli, compare cela à la course à pied. « On ne commence pas d’emblée par courir un marathon », déclare-t-il. « On progresse lentement. C’est ce que nous voulons faire avec l’appli SAFE.T. Les chauffeurs pourront suivre leurs progrès sur leur smartphone. Il est essentiel qu’ils soient impliqués et motivés pour améliorer leurs prestations. Ils en ont conscience. Ils ne veulent plus de cette image de cow-boys de la route, qui est tenace. Rendre le transport plus sûr est non seulement nécessaire pour une meilleure vie en société, mais aussi pour améliorer l’image du chauffeur routier et inciter davantage de jeunes à se tourner vers cette profession. »

Moins d’accidents de travail mais davantage d’accidents entre le domicile et le lieu de travail

Il ressort des chiffres de l’assureur Baloise Insurance que le nombre d’accidents de travail baisse mais que le nombre d’incidents sur le trajet entre le domicile et le lieu de travail augmente. L’employeur peut y remédier avec une politique de mobilité adaptée qui accorde une attention suffisante aux employés à vélo, car ce sont eux les plus vulnérables. Des directives peuvent ainsi être émises sur l’utilisation du smartphone à vélo et dans la voiture et les règles du code de la route peuvent être rappelées. Pour accroître la sécurité des cyclistes, un point de réparation de vélos peut aussi être prévu dans la société afin que les employés reprennent la route en toute sécurité après leur journée de travail. Si un accident se produit malgré tout, il est bon de conserver toutes les données et de les analyser de manière à mettre en place une prévention adéquate.

TVM installe des zones de réglage des rétroviseurs

Une bonne visibilité est essentielle pour éviter les accidents. Ne pas obstruer les vitres est une chose, régler convenablement les rétroviseurs en est une autre. Pour ce faire, il est nécessaire de disposer d’une zone de réglage. L’assureur TVM va dès lors installer des zones de ce type chez ses clients au cours des deux prochaines années. La première zone a été installée fin juin chez Transmet à Boutersem. « Régler les rétroviseurs doit devenir une habitude, une véritable culture », souligne Marc Van Grootel de TVM Belgium. « Il est frappant de voir, quand on monte dans une cabine, à quel point les rétroviseurs sont mal réglés. La sécurité commence par une bonne visibilité. »

Photo : Gerlinde Schrijver

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