L’e-commerce cause le dérèglement de la logistique

 22/03/2016  Yannick Haesevoets  Contract Logistics
L’e-commerce cause le dérèglement de la logistique

Vous achetez un livre en ligne, mais vous remarquez que son prix est trop bas pour bénéficier de l’envoi gratuit. Que faites-vous ? Vous ajoutez un article dans votre panier pour atteindre les 20 euros qui vous donnent droit à la livraison gratuite… et vous le renvoyez gratuitement le lendemain ! Voilà comment épargner quelques euros.

C’est un petit truc, mais il illustre parfaitement ce à quoi Alex Breedam, CEO de Tri-Vizor et professeur de logistique à Anvers et à Louvain, fait référence lorsqu’il parle du manque de capacité imminent dû à l’e-commerce. « Aujourd’hui, un poids lourd sur quatre roule à vide et le taux de chargement moyen d’un camion qui n’est pas vide est de quelque 58 pour cent. L’e-commerce permet de réduire les délais de livraison : la livraison le lendemain est courante et la livraison le jour même, voire dans l’heure, est de plus en plus fréquente. Or, plus le délai est court, moins les envois peuvent être groupés. En outre, une plus grande capacité est nécessaire pour réaliser un plus grand nombre de livraisons au même moment. » Tout retour gratuit représente un transport supplémentaire et, en raison de l’urbanisation et de la congestion des routes, nous n’habitons, peut-être pas en distance, pas plus loin du centre de distribution, mais en temps certainement.

La solution est de faire évoluer la logistique du ownership au usership. « Lorsque vous envoyez un e-mail, un réseau de fournisseurs transporte votre message sans que vous ne deviez vous en préoccuper. On peut appliquer le même principe au transport. Si vous voulez expédier un conteneur d’Espagne en Belgique, vous n’allez désormais plus envoyer un camion en Espagne pour aller chercher le conteneur, mais vous allez composer un trajet avec la capacité disponible des transporteurs au niveau local. C’est ce qu’on appelle l’Internet Physique qui utilise l’Internet des Choses afin de trouver la capacité disponible et de la suivre. »

L’expert souligne que l’avenir est donc dans le partage de la capacité de transport, bien qu’un certain nombre d’étapes doivent manifestement encore être franchies du point de vue technologique, notamment en termes d’ICT et de conditionnement pour ne citer qu’eux. Mais le message est clair : « La capacité ne vous sera plus réservée, vous devrez recourir aux disponibilités de votre région. Grâce à l’utilisation des nouvelles technologies, nous connaîtrons les disponibilités à proximité. De cette manière, le transport va “s’ubériser”. Je suppose qu’il va, dans un premier temps, percer dans la distribution urbaine, parce que, en raison de la progression du commerce électronique, c’est là que les manques de capacité se feront le plus ressentir et que les paquets se prêtent le mieux aux moyens de transport alternatifs, par exemple les piétons, les cyclistes, etc. Il va ainsi remonter la chaîne d’approvisionnement, et peut-être plus tôt que nous le pensons. »

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