La diversification est la clé de la survie du transport routier, et nous devons tous y jouer notre rôle

 14/05/2019  TM Extern  Opinion
La diversification est la clé de la survie du transport routier, et nous devons tous y jouer notre rôle

Par Boris Blanche, Managing Director de l’IRU

Le transport routier est l’une des industries les plus importantes d’Europe et est absolument crucial pour la circulation des personnes et des marchandises sur le continent. Il touche tous les domaines de notre vie. Sans lui, les rayons des supermarchés auraient l’air plus vides et les gens auraient du mal à se déplacer. Cependant, nous sommes confrontés à une grave pénurie de ce qui fait vivre cette industrie vitale : les chauffeurs. Notre récent rapport de l’IRU (Tackling Driver Shortage in Europe) a révélé qu’un cinquième des postes de chauffeurs sont actuellement vacants dans les sous-secteurs du fret, des bus et des autocars.
Et le problème s’aggrave. En Belgique, par exemple, les entreprises de transport par autobus estiment qu’elles doivent embaucher environ un tiers de plus de conducteurs en plus du taux actuel pour répondre à la demande. Au Royaume-Uni, les opérateurs affirment que la pénurie augmente à un rythme de 50 conducteurs par jour.

Quelle est la cause de cette pénurie ?
L’un des principaux facteurs est que le secteur du transport routier n’est tout simplement pas assez diversifié. La main-d’œuvre actuelle est dominée par les hommes, dont l’âge moyen est de 50 ans. Les jeunes et les femmes, qui deviennent de plus en plus importants dans l’ensemble de l’économie, ne progressent toujours pas dans le transport routier.

Pourquoi les jeunes et les femmes n’entrent-ils pas dans le métier ?
Ces deux groupes sont découragés par les mêmes questions. Beaucoup ont une mauvaise perception générale du secteur et de ses conditions de travail. Les jeunes, en particulier, ont du mal à identifier la conduite comme un choix de carrière ambitieux et sont découragés par son coût. Dans de nombreux pays européens, cela peut coûter des milliers d’euros pour obtenir son certificat d’aptitude professionnelle.

Certaines fédérations tentent pourtant d’inverser la tendance…
Aux Pays-Bas, notre membre TLN a travaillé avec le gouvernement et les syndicats sur sa propre campagne, ikwordvrachtwagenchauffeur.nl. TLN savait qu’elle avait du mal à recruter des jeunes conducteurs, mais
ses recherches avaient aussi montré que beaucoup de jeunes considérent la conduite comme un emploi sûr, avec un degré élevé d’indépendance et de responsabilité, une chance d’être en mouvement.
Le désir était donc déjà présent, et pour TLN, il ne s’agissait plus que de supprimer certains obstacles. La campagne a permis à TLN et aux partenaires sociaux d’offrir des primes importantes à la formation de chauffeur et, dans le même temps, de garantir un emploi à la fin du cursus. Les résultats ? En 2018, 3000 chauffeurs supplémentaires ont été embauchés, et un peu moins de 1000 autres étudiants ont combiné études et travail pour devenir chauffeurs plus tard.

Nous constatons également des succès de l’autre côté de la frontière, en Belgique. Nos collègues de la FBAA ont conçu BEchauffeur.BE, un site facile à consulter pour se renseigner sur le transport routier. Il comprend un formulaire qui met en contact les candidats avec les employeurs potentiels et ils sont déjà nombreux à avoir posé leur candidature. Mais pour vraiment résoudre le problème, il faudra une approche concertée. Ces exemples montrent cependant que des progrès fantastiques ont déjà été réalisés.

Nous ne pouvons vraiment faire la différence qu’en travaillant ensemble à tous les niveaux. L’Union européenne et tous les gouvernements nationaux devront continuer à façonner la législation et la réglementation qui aideront le secteur à apporter des changements efficaces et durables. Les entreprises et les fédérations nationales de transport doivent également jouer leur rôle en faisant tout ce qui est en leur pouvoir pour que les emplois soient accessibles et attrayants pour les personnes de tous les milieux. Enfin, nous devons nous engager avec les syndicats, les organisations éducatives, les organisations clientes, la communauté de la recherche et des médias, et tous les acteurs publics ou privés concernés.

L’IRU jouera un rôle de premier plan pour faciliter cette coopération. Nous avons produit une feuille de route sur la pénurie de chauffeurs qui présente une série de mesures à court, moyen et long terme visant à diversifier l’industrie et à inverser la tendance. Il s’agira notamment :

  • d’améliorer les conditions de travail afin d’améliorer l’image du secteur et d’attirer davantage de candidats – L’IRU a déjà lancé une charte commune avec le Conseil des chargeurs européens (ESC) pour améliorer le traitement des chauffeurs sur les sites de livraison.
  • de créer un groupe d’experts sur la législation relative à la formation des chauffeurs, qui examinera notamment les obstacles qui empêchent les jeunes de devenir chauffeurs professionnels.
  • de mettre en place un ‘Réseau des femmes dans les transports’ pour traiter la question de l’équilibre entre les sexes – et faire des recommandations sur la manière dont l’industrie peut attirer et retenir les femmes de talent.

Ensemble, nous pouvons faire en sorte que les conditions et les installations soient améliorées et que le travail dans ce secteur soit plus attrayant. Ce n’est qu’alors que nous serons en mesure d’attirer davantage de personnes dans le secteur et de faire des progrès pour remédier à la pénurie de chauffeurs. Ce n’est qu’ensemble que nous ferons la différence.

Vous ne recevez pas encore notre newsletter hebdomadaire ? Inscrivez-vous ici !