Knauf cherche des partenaires sur l’eau

 21/03/2016  Claude Yvens  Logistics

Les chargeurs qui entendent donner une place dans leur logistique à des modes alternatifs comme la navigation intérieure doivent parfois faire preuve d’une bonne dose de créativité et de patience pour y arriver. Mais vouloir, c’est pouvoir. Knauf le prouve à Bruxelles.

L’année dernière, le Port de Bruxelles a enregistré une hausse significative du transport de palettes par navigation intérieure. Le nombre de palettes traitées a quadruplé, passant de 3.000 à presque 12.000 unités. Cette forte croissance est presque exclusivement à porter au crédit d’un seul acteur : Knauf Belgique. “L’année dernière, nous avons transporté 10.344 palettes de sacs de poudre de plâtre depuis Engis, près de Liège, à destination de Bruxelles. Cette quantité correspond à environ 85% du volume total réalisé par le Port de Bruxelles”, précise Antoon Desmet, manager Expedition & Logistics de la filiale Isolava. Knauf capitalise ainsi sur l’expérience acquise en 2014. Cette année-là, 894 palettes ont été transportées vers Bruxelles par voie fluviale, ce qui représentait presque un tiers du trafic de palettes à Bruxelles. Comme c’est encore le cas aujourd’hui, le transport s’effectuait avec le Oorderdam de Shipit, un bateau équipé d’une grue et qui peut charger et décharger en toute autonomie.
Combinaison navigation intérieure et transport routier. L’objectif était de régler l’approvisionnement du marché bruxellois. “Nous avons pour l’instant abandonné cette piste. Ce trafic n’a pas réellement pris son envol parce que la masse critique n’était pas au rendez-vous. Pour ce qui est du transport de plâtre via la voie fluviale de Engis à destination de Wielsbeke, le business case n’était pas optimal, ” explique A.Desmet. “Nous avons négocié avec le port de Bruxelles et envisagé plusieurs pistes. Finalement, nous avons opté pour l’approvisionnement en poudres de plâtre par voies navigables intérieures de Engis vers Bruxelles en combinaison avec la livraison par camions de blocs et de plaques de plâtre depuis Wielsbeke sur des chantiers de la région bruxelloise.” Ces camions, huit véhicules autodéchargeurs qui roulent tous les jours pour Knauf, emportent sur le trajet de retour entre Bruxelles et Wielsbeke des palettes de poudre de plâtre en sacs qui sont destinés à des clients situés entre des deux villes. “Ainsi, ces véhicules atteignent un meilleur rendement économique et écologique.”
De station intermédiaire à plate-forme de distribution. Pour les poudres de plâtre, Bruxelles fait ainsi davantage office de station intermédiaire que de plate-forme de distribution pour le marché local, concède volontiers le responsable des transports. Il espère trouver rapidement une solution. “Elargir notre terrain d’action à Bruxelles sera en toute logique l’étape suivante. Nous manquons cependant encore de capacité au niveau de l’administration et du traitement. Les villages de matériaux de construction que le port envisage d’utiliser comme hub pour ce type de trafics nous intéressent aussi, mais nous n’excluons pas d’acquérir nous-même une concession.”  Antoon Desmet croit fermement que Bruxelles offre plus de potentiel et que le mouvement va s’intensifier dans ce sens. “A Bruxelles, la taxe kilométrique aura plus d’impact qu’ailleurs et la congestion dans et autour de la ville ne va certainement s’amenuiser, avec des répercussions évidentes sur les temps de conduite et de repos. Les prix de transport ne vont pas baisser. En outre, le port est capable de traiter beaucoup plus de palettes.”

“Le premier mile est aussi important que le dernier si on veut rendre la voie navigable attractive.”

Equilibre. Financièrement, la mission actuelle reste incertaine, car l’Oorderdam ne peut pas encore effectuer de voyages complets sur la rotation que le bateau réalise actuellement. Entre Wielsbeke et Utrecht et entre Engis et Bruxelles, le chargement de Knauf seul permet de faire face, mais sur les autres parties du trajet, la position du bateau sur l’eau est encore trop haute. “Sur la relation entre Engis et Wielsbeke, nous sommes désormais à l’équilibre”, admet A.Desmet. “Entre Wielsbeke et Utrecht, nous réalisons un léger bénéfice par rapport au transport routier, mais pour ce qui est du trajet entre les Pays Bas et Engis, nous tablons encore sur des volumes supplémentaires.” Antoon Desmet ne compte pas sur des subsides, même si le quai où l’Oorderdam décharge actuellement sa marchandise à Bruxelles est gratuitement mis à disposition. Dans ce contexte, il souligne que la proximité du River Terminal à Wielsbeke et de l’usine Isolava constitue un atout important. “A Wielsbeke, nous pouvons charger et décharger rapidement et préparer, en outre, le chargement sur le quai. Ce premier mile est aussi important que le dernier pour rendre la voie navigable attractive. Dans ce contexte, la position au bord de l’eau de la plate-forme de distribution à Utrecht nous aide énormément.” Un rayon d’action plus large pour les voies navigables intérieures via des projets comme Seine-Escaut ou des liaisons plus fluides, par exemple en donnant un accès complet au canal Courtrai-Bossuit du côté de la Lys, constitueraient des avancées bienvenues.
Recherche de partenaires. La recherche de partenaires se poursuit inlassablement. Des essais ont déjà eu lieu pour plusieurs autres chargeurs et des discussions sont en cours avec d’autres parties, y compris les groupes qui ont déjà démontré qu’ils maîtrisaient parfaitement la voie navigable. “Pas évident d’établir le bon mix”, a appris entretemps le représentant d’Isolava. Il reste cependant convaincu qu’en collaborant, tous les acteurs peuvent arriver à un résultat positif. “Nous sommes toujours ouverts à des essais et sommes prêts à céder de la capacité. Si nous dénichons suffisamment de chargement, on peut même envisager de libérer un second bateau, qui ouvrirait la porte à un doublement de la fréquence. Dans le schéma actuel, l’Oorderdam a besoin de deux semaines pour effectuer la rotation complète. Une alternative consisterait à engager le Zulu de Blue Line Logistics sur certaines relations, en complément du bateau existant. Les deux peuvent être parfaitement complémentaires.”
Jean-Louis Vandevoorde

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Antoon Desmet avec un des deux trophées de l’innovation conquis par Knauf lors des Riverdating 2011 et 2013 récompensant son transport de palettes par voies navigables intérieures.

 

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L’Oorderdam décharge ses palettes de plâtre au quai des Steamers du dock Vergote à Bruxelles.

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