[INTERVIEW] “Nous ne pourrons pas absorber un retour des contrôles aux frontières”

 17/09/2015  Yannick Haesevoets  News Transport, Economie
[INTERVIEW] “Nous ne pourrons pas absorber un retour des contrôles aux frontières”

Passer un poste douanier entre deux pays de l’Union européenne… Voici longtemps que cette époque est révolue. La crise actuelle des migrants met pourtant du sable dans les rouages de la libre circulation entre les états-membres, même si les transporteurs belges ne sont pas encore touchés par le problème, expliquent les trois fédérations professionnelles. “On voit pour le moment très peu de véhicules immatriculés dans notre pays qui soient concernés”.

“En effet”, explique d’emblée Philippe Degraef, de la Febetra. “Nous n’avons pas encore eu d’écho de transporteurs qui rencontreraient des problèmes avec les nouveaux contrôles aux frontières européennes. Il est encore trop tôt pour cela. Il ne faut de plus pas oublier que les transporteurs ne sont également plus actifs que sur les courtes distances. Nous avons perdu notre place dans le transport long courrier”.

Même son de cloche chez Lode Verkinderen (Transport & Logistiek Vlaanderen) et Michaël Reul (UPTR), qui n’ont pas connaissance de chauffeurs belges retardés par des contrôles frontaliers. Lode Verkinderen : “D’importants retards ont été enregistrés ce lundi à la frontière entre l’Autriche et l’Allemagne. Le fait que nous n’en ayons pas été avertis démontre principalement que nos chauffeurs ne roulent plus aussi loin”.

“Pour le moment, on voit très peu de véhicules belges immatriculés dans notre pays qui soient concernés par la problématique”, résume Philippe Degraef. “Les chauffeurs qui vont en Angleterre ont l’expérience du risque de passagers clandestins et de contrôles. Ils ont peur de s’arrêter en route car, en Angleterre, on est souvent présumé coupable tant qu’on n’a pas prouvé son innocence”.

Un impact important

Aux Pays-Bas, la fédération professionnelle TLN a d’ores et déjà estimé à 600 millions d’euros sur base annuelle le coût du retour des contrôles frontaliers au sein de l’Union européenne, mais Lode Verkinderen est étonné de ce montant très élevé. “Tout ce que je sais, c’est qu’ils se sont basés sur un retard – supposé – d’une heure chaque fois qu’un poids lourd doit traverser une frontière, et sur le nombre de traversées de frontières que tous les chauffeurs néerlandais réalisent sur une année. C’est ainsi qu’ils arrivent à ce chiffre hallucinant”.

Philippe Degraef : “Si chaque état décidait de réintroduire des contrôles, l’impact sur le transport routier serait important. Il faudrait plus de temps pour arriver à destination et le temps, vous le savez aussi bien que moi, c’est de l’argent”. Si la France recommençait à contrôler ses frontières, ou si l’Allemagne introduisait des contrôles sur sa frontière occidentale, cela aurait un impact majeur, dès le premier jour.

Lode Verkinderen : “J’espère vraiment que l’on en arrivera pas là. Notre économie logistique ne pourrait pas supporter de tels contrôles frontaliers. Et l’infrastructure n’est pas non plus présente, ce qui débouchera sur d’importants problèmes de sécurité”. Sur la E40 entre Jabbeke et Dunkerque, une autoroute qui a été construite après les accords de Schengen, il n’y a pas du tout de place pour mettre des poids lourds (ou d’autres véhicules) sur le côté de la route. Et rien ne dit que la douane actuelle et la police disposeraient des capacités nécessaires. “En plus, cela aurait finalement assez peu d’impact”, poursuit le secrétaire-général de TLV. “Car les transporteurs, et donc les migrants, choisiraient des routes moins contrôlées. Notre pays regorge de points de passage potentiels”.

“Nous n’avons jamais imaginé que les portes pourraient un jour se refermer à l’intérieur des frontières européennes”, conclut Michaël Reul. “J’étais encore jeune et pas du tout concerné par le transport quand la libre circulation a été mise en place. Si les contrôles frontaliers font leur retour, cela redistribue les cartes. Les transporteurs sont flexibles et s’adaptent rapidement, mais les règles du jeu ne sont pour le moment pas encore connues”.

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