Hilde Essers et Nadine Billiet : le sexe fort dans un bastion d’hommes ?

 20/11/2014  Yannick Haesevoets  News Transport
Hilde Essers et Nadine Billiet : le sexe fort dans un bastion d’hommes ?

« Never underestimate the power of a woman » sont les mots qu’on peut lire sur la porte d’entrée de Billiet Logistics NV. Ce slogan s’applique à deux femmes. Nadine Billiet dirige une moyenne entreprise, Hilde Essers de – ça alors ! – H.Essers une grande. Mais pour le reste, il n’y a pas de différence. Les deux femmes ne se laissent pas marcher sur les pieds, même pas dans un monde d’hommes comme le transport.

Ce secteur compte peu de femmes, et c’est un euphémisme. Les chauffeures ne courent pas les rues. On en dénombre cinq environ et 25 ouvrières dans les entrepôts chez H.Essers. « Le transport reste un monde essentiellement masculin, » déclare Hilde Essers, administratrice déléguée de H.Essers. « Mais nous avons un certain nombre de femmes à poigne entre les employés et les cadres. Le monde du transport n’échappe pas à la féminisation. Mais la profession de chauffeure et d’ouvrière reste un travail lourd physiquement. On est amené à bâcher son camion, à soulever régulièrement des objets lourds dans l’entrepôt. Dans la plupart des cas, il est difficile de combiner les longues journées de travail et une vie de famille. Billiet Logistics NV a quelques employées, mais aucune chauffeure. « Je donne néanmoins souvent sa chance à l’une ou l’autre, mais elles abandonnent toutes à la fin de la journée : c’est tout simplement trop dur physiquement, » explique Nadine Billiet.

Hilde Essers et Nadine Billiet se sentent toutefois à l’aise dans ce monde d’hommes. Normal, elles ont toutes les deux grandi dans le monde du transport. Elles jouaient à cache-cache dans l’entreprise et elles roulaient en camion avec leur père. « Quand j’étais enfant, nous partions à De Efteling aux Pays-Bas en camion, » se souvient Hilde Essers en souriant. « Cela laisse des traces. » Nadine a également vécu les plus folles aventures avec son père, qui connaissait tous les cafés de routiers où il y avait tantôt un perroquet tantôt un noyer… Ses parents ont même déjà passé la nuit dans le camion à Blankenberge. « C’était une autre époque, » rigole-t-elle. « Je ne savais pas ce que le transport impliquait, mais je me sentais bien dans le camion. »

Et c’est alors qu’est venu le moment où elles se sont toutes les deux tournées vers le transport. Nadine Billiet aurait probablement opté pour un autre secteur si elle n’avait pas eu l’opportunité de reprendre Billiet NV. « Par ailleurs, si le transport n’est pas une passion, un virus qu’on attrape, on n’y reste pas pendant trente ans, » explique-t-elle.

Pour Hilde Essers, commencer à travailler dans l’entreprise familiale était une étape logique, avec son père – sur lequel elle ne tarit pas d’éloges – en exemple. « En fait, je trouve ce secteur très agréable. C’est un monde de non-non-sens avec de nombreux collègues masculins. Si un problème se pose, on rentre dedans et c’est une bonne chose. Les hommes sont très directs dans le travail. Et je suis la même. Mon père travaillait jour et nuit pour son entreprise. »

Savoir, c’est pouvoir

« On teste plus une femme qu’un homme, » poursuit Nadine Billiet en revenant sur ses expériences. « Une bonne connaissance des dossiers est dès lors essentielle. Il faut être derrière tout le monde et résoudre les problèmes. Lorsque mes clients ou mes chauffeurs posent une question, je sais d’emblée ce que je dois faire. » Le secret ? Nadine Billiet connaît sa société en long, en large et en travers. « À ses balbutiements, mon entreprise ne comptait que quatre camions et un seul client : Hunkemöller. Cette entreprise a grandi avec moi et j’y ai occupé toutes les fonctions. Au début, je me chargeais même de la préparation de commandes dans l’entrepôt. C’était par pure nécessité, mais aujourd’hui, on ne peut pas me faire croire n’importe quoi. »

Hilde Essers estime également qu’il est important de connaître tous les aspects du transport. Elle a touché à tous les départements de l’entreprise. Après ses études en marketing, elle a commencé au service administratif où elle encodait les commandes. Ensuite, elle s’est occupée du planning et elle s’est longtemps chargée des importations pour l’Italie. Elle a ensuite travaillé au service commercial, aux ventes. De là, elle est partie au département des achats. « Aujourd’hui, je suis responsable de la section Marketing & Communication, en plus de ma fonction d’administratrice déléguée. C’est très bien que je sache exactement ce qui se passe au sein de mon entreprise. En commençant en bas de l’échelle, j’ai appris à connaître tous les processus et toutes les personnes. C’est tout simplement primordial. »

Leur excellente connaissance du secteur n’est qu’une des multiples raisons qui permettent à Hilde Essers et Nadine Billiet d’être si bien respectées. Leurs travailleurs peuvent d’ailleurs les appeler par leur prénom. « Du moins la plupart, » précise Hilde Essers. Car quand il le faut, elle peut être dure. « L’honnêteté est une qualité très importante à mes yeux. J’ai du mal avec les personnes qui ne sont pas honnêtes et je leur fais comprendre. Si je rencontre un problème avec quelqu’un, je lui en parle directement. Chacun sait à quoi s’en tenir avec moi. Un dirigeant d’entreprise doit être droit et correct. »

« De temps en temps, il faut être dur à cuire, » explique Nadine Billiet. « Un patron doit savoir prendre ses responsabilités et cela implique également des choses moins agréables comme le licenciement d’un travailleur qui ne fait bien son boulot. »

« Mais le fait d’être une femme n’influence certainement pas les décisions. Celles-ci sont prises dans l’intérêt dans la société et des personnes, » explique Hilde Essers. « Mes collaborateurs peuvent travailler et agir en toute autonomie, ils ont toute ma confiance. Mais s’ils la trahissent, c’est terminé. »

Humain

Un homme ou une femme comme patron, peu importe. Ce sont surtout les compétences qui priment. Mais il y a bien quelques traits de caractère féminins que les travailleurs apprécient chez leur patron, comme l’empathie (voir encadré Hudson).

« Une femme a davantage d’empathie. Il faut savoir se mettre à la place des autres, sinon un dialogue de sourds s’installe et des divergences d’opinions surgissent, » explique Hilde Essers. « Je pense qu’une femme est également plus ouverte qu’un homme. Mes collaborateurs disent souvent que je suis très humaine et accessible. Ils me voient comme le boss et me respectent, mais ils n’ont pas peur de m’adresser la parole. Ils passent facilement dans mon bureau, ils me connaissent. »

Un autre atout des femmes selon Hilde Essers est qu’elles sont multitâches. « Il faut également veiller à ce que les choses roulent à la maison, pour sa famille. Je pense que les femmes sont un peu plus organisées et plus structurées que les hommes. Nous appelons également à l’aide plus facilement s’il y a un problème.

Le mot famille est tombé. Hilde Essers est administratrice déléguée d’une entreprise de 3 900 travailleurs et élève trois enfants. Comment ? « Le mercredi, j’essaie de travailler de la maison. Mais le plus important est et reste une bonne organisation. J’opte uniquement pour les choses qui sont importantes pour ma famille et moi-même, j’évite de me mettre trop de choses sur le dos et je m’entoure des bonnes personnes. Quand on veut faire carrière, il faut veiller à ce que tout roule chez soi. Une fois au travail, on doit pouvoir se concentrer à 100 % sur son boulot. Il est d’ailleurs positif que les femmes ont plus de possibilités de carrière aujourd’hui que dans le passé. Les quotas sont une chose, mais il est également intéressant qu’on prête davantage attention à la représentation des femmes qu’autrefois. »

Comme un homme

« Je n’aurais jamais pu combiner le travail et une famille, » explique Nadine Billiet. « Je n’ai jamais été mariée. Je voulais être indépendante, voler de mes propres ailes. Mon travaille passe toujours en premier, je suis une carriériste. Selon moi, c’est un handicap de devoir rentrer à la maison à cinq heures, parce que votre mari et vos enfants vous attendent. Il faut faire un choix entre faire carrière et fonder une famille. Je ne voulais pas d’enfants. »

« J’ai un caractère d’homme, » poursuit Nadine Billiet. Autrefois, elle faisait de la plongée sous-marine, des sauts en parachute, « tout ce qui était dangereux ». Elle aime les films d’action et les thrillers. Elle est impulsive, peut prendre des décisions rapidement et ne s’entête jamais bien longtemps. « Je me fâche, mais la minute qui suit, c’est déjà oublié. Je ne trimballe pas quelque chose bien longtemps. » Mais elle prend ses décisions de manière très instinctive, avec son sixième sens. « Et il me trompe rarement. Comment je fais pour ne pas me laisser démonter dans le secteur du transport ? Comme un homme. » (Elle éclate de rire) « Lorsque j’ai une idée en tête, je suis un véritable pitbull. Autrefois, on disait qu’il valait mieux ne pas se retrouver seul avec moi. C’était peine perdue. Ils venaient toujours me voir à deux ou à trois. »

« Je négocie de manière correcte, avec l’objectif visé en ligne de mire. J’essaie toujours de l’atteindre, c’est vrai. Ça ne marche pas à tous les coups, mais je m’y attelle, » explique Hilde Essers « Gert Bervoets, notre CEO, et moi-même partageons souvent le même avis et la même vision des choses. On a toujours une discussion, ce ne serait pas bien si on n’en avait jamais, mais en général, nous sommes sur la même longueur d’onde. »

Chez Essers, on se réjouit de la nomination de Hilde Essers en tant qu’administratrice co-déléguée en avril 2013. Son père reste administrateur délégué et président du conseil d’administration. « Cela assure la continuité de la société. De plus, une entreprise familiale présente l’avantage d’avoir des lignes décisionnelles courtes. Nous ne devons pas nous rendre à un comité de direction à l’étranger. Je fais cela ici, avec mon père et Gert Bervoets. Nous sommes en contact quotidien, nos bureaux se trouvent l’un en face de l’autre. »

Hilde Essers : « Je représente la troisième génération et je compte secrètement sur l’un de mes trois enfants pour me succéder. Je suis fière de mon entreprise et de son histoire. J’espère qu’elle a encore de beaux jours devant elle. Mais il est encore trop tôt pour parler de succession, ce sont seulement des adolescents, bien que ma plus grande ait travaillé chez nous l’été dernier et qu’elle ait trouvé cela très chouette. »

Bombasses

Revenons-en à nos moutons : ce monde d’hommes. Hilde Essers et Nadine Billiet, deux femmes élégantes et charmantes qui savent ce qu’elles veulent. Elles sont respectées par leurs travailleurs et atteignent toujours l’objectif visé. Elles sont un exemple pour les conquérants futurs du monde du transport. Et ce sont de grandes entrepreneuses, sans l’ombre d’un doute. Mais dans la cantine d’une société de transport et dans le camion d’un chauffeur, une autre femme règnera toujours, la bombasse en bikini ou la pin-up. Qu’en pensent-elles ? « Oh, ce sont les hommes. Ce n’est pas bien grave, » rigole Nadine Billiet. Hilde Essers : « Cela ne peut leur faire que du bien. »

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