Francis Rosière: le pro du bitume

 25/08/2015  Claude Yvens  Expertise Center
Francis Rosière: le pro du bitume

Lancé dans la grande aventure de sa propre entreprise après avoir travaillé comme chauffeur salarié pendant plus de 20 ans, Francis Rosière n’a pas du tout l’intention de lever le pied quand l’âge de la pension aura sonné. Il est vrai qu’il a pu développer une affaire saine dans une niche où la connaissance du produit fait encore la différence.

Francis Rosière a lancé son entreprise de transport le… 1er avril 2000. Il a loué une compétence professionnelle le temps que son épouse Marie-Ange passe la sienne, et depuis lors, ils se partagent les responsabilités : à elle l’administratif, à lui le commercial et l’opérationnel, ce qui l’amène à prendre le volant plus souvent qu’à son tour.

Bitume + mazout

Mais comment une entreprise spécialisée dans le transport de bitume naît-elle au milieu des plus belles forêts de la province du Luxembourg ? « J’avais roulé dans ce secteur comme chauffeur salarié au grand-Duché de Luxembourg, et j’ai pensé que c’était là ou jamais. J’ai commencé à travailler pour la raffinerie Nynas, en commençant par des livraisons en France et au Luxembourg, puis j’ai développé une clientèle dans les centrales pour enrobés au Luxembourg. Quand une de ces centrales m’a proposé de prendre tous leurs transports en gérance, j’ai acheté mon deuxième, puis mon troisième camion. » Aujourd’hui, l’entreprise en est à sept.

A mesure que la flotte grandissait, il devenait plus facile de trouver des solutions au principal problème du transport de bitume : sa saisonnalité et sa sensibilité aux conditions atmosphériques (une journée de pluie, et les chantiers sont à l’arrêt). « Entre novembre et avril, le secteur est quasiment à l’arrêt. J’ai investi dans d’autres citernes pour transporter du mazout de chauffage, dont l’activité est justement forte jusqu’en février ou mars. Aujourd’hui, j’ai deux véhicules dédiés au mazout : un qui roule toute l’année et un avec deux chauffeurs sur le même camion », explique Francis Rosière.

La traction, par contre, est une activité déficitaire. « C’est un secteur très difficile, et avec les tarifs que l’on me propose, soit 1,03 EUR/km, je perds 1000 euros par mois, même dans le secteur chimique. J’ai été forcé d’arrêter cette activité en hiver. Dans notre secteur, pour sortir quelque chose à la fin du mois, il faut rouler minimum à 1,15 EUR/km, si possible à 1,2 EUR. Et encore : ce sont des prix d’il y a dix ans ! » Heureusement, cette niche de marché n’est pas encore touchée par la concurrence des pays de l’est.

Un instant, il a aussi pensé compléter son activité dans le transport de pierrailles. « C’est un de mes clients qui me l’avait proposé. J’ai envisagé l’achat d’une benne, et j’avais calculé qu’il me fallait 12,5 euros par tonne pour gagner quelque chose. Quand j’ai vu que des concurrents roulaient à 8,5 euros par tonne avec des chauffeurs étrangers, j’ai vite compris que ce secteur n’était pas fait pour moi. »

rosière (2)

Stock roulant à 180°

Le transport du bitume exige une connaissance fine du produit (il existe de nombreuses qualités différentes, toutes avec leurs propres caractéristiques au niveau du déchargement et du maintien de la température), ainsi qu’un matériel performant. « Notre publicité, c’est le respect des heures de chargement et de déchargement ainsi que le respect des températures minimum auxquelles le produit arrive à destination, explique Francis Rosière. Si je charge un vendredi soir du bitume à 180° à la raffinerie, il faut que je garantisse au moins 160° le lundi matin quand le produit arrive à la centrale d’enrobés. Et de nos jours, personne ne tient plus de stocks : cela coûte bien trop cher.»

Pour garantir cette température, il n’y a pas de secret, il faut des citernes performantes. Francis Rosière travaille avec Kässbohrer, Maisonneuve et Magyar, même s’il reconnaît que les LAG sont encore plus performantes. Mais le supplément de prix de 15.000 euros est difficile à répercuter, même si Francis Rosière reconnaît que c’est en donnant aux clients un service ‘maxi’ qu’il parvient encore à négocier des prix corrects. L’autre élément qui dirige son choix de matériel est la charge utile de la semi, puisqu’on observe une différence de 900 kg (de 15.100 à 16.000 kg) d’une marque à l’autre.

Pour faire d’un ‘simple’ chauffeur ADR un chauffeur spécialisé dans le bitume, il faut de la formation. Francis Rosière s’y emploie personnellement, pendant deux semaines au minimum. Mais malgré sa petite taille, la société n’hésite pas à consacrer de l’énergie à des projets de formation. « Nous travaillons avec le Forem et nous avons déjà pris quatre jeunes en stage, dont deux jeunes femmes. A la fin de leur apprentissage chez nous, ils ont été engagés tous les quatre, et de notre côté, nous employons aujourd’hui deux personnes issues de ces formations Forem, dont une jeune femme ! », se réjouit Marie-Ange Flamant.

Sept, ça suffit

Francis Rosière a aujourd’hui 60 ans et pas du tout l’intention de s’arrêter à 65… Même s’il a vu le kilométrage moyen de sa flotte passer de 150 à 135.000 km par an en quelques années et que la taxe kilométrique l’inquiète (comme bon nombre de transporteurs), la passion du métier reste la plus forte. « Le plus dur, c’est en hiver. C’est de voir les réserves que l’on a  constituées en été risquer de fondre si on ne trouve pas assez de travail en dehors du secteur du bitume à des tarifs corrects. On ne peut pourtant pas se permettre de ne pas faire rouler les camions, au-delà d’un peu de chômage économique ! »

Dans ce contexte, grandir n’est plus une priorité. Sept véhicules, c’est une bonne taille avec cette structure. Mais continuer encore un certain nombre d’années, Francs Rosière n’est certainement pas contre…

rosière (3)

Francis Rosière en bref

Siège : Winville (Léglise)

Flotte : 7 tracteurs dont 6 DAF XF et un Scania

Concessionnaires : Mioli (DAF), Huet (Scania)

Spécialité : transport de bitumes, transport de mazout

www.rosiere.be

Francis Rosière – Le pro du bitume

Francis Rosière – De professional van de bitum

 

Vous ne recevez pas encore notre newsletter hebdomadaire ? Inscrivez-vous ici !