E-commerce : faut-il craindre l’Amazonisation de la logistique ?

 17/12/2019  Philippe Van Dooren  Expertise Center, Logistics
E-commerce : faut-il craindre l’Amazonisation de la logistique ?

Quand on parle d’Amazon, on pense à un gigantesque webshop. L’image qu’on y associe est le méga-entrepôt qu’on voit ci-dessus. Aux Etats-Unis, toutefois, Amazon se développe, pas à pas, en géant de la logistique et du transport. Ceci risque d’avoir des implications sur l’ensemble du secteur en Amérique du Nord d’abord et dans le reste du monde ensuite.

Au départ, Amazon vendait des livres en ligne, mais bien rapidement, il a étendu son offre est devenu un webshop ‘conventionnel’ vendant un peu de tout. Historiquement, il dépendait de FedEx, UPS et US Postal Services (USPS) pour la distribution de ses paquets. Selon Rakuten Intelligence, une société californienne d’analyse de marché orientée sur le commerce, Amazon transporte aujourd’hui (aux Etats-Unis) près de 50% de ses propres envois. Il y a moins de trois ans, début 2017, il ne s’agissait que de 15%. C’est dire si la progression est rapide. La question mérite dès lors d’être posée : comment une librairie en ligne née dans un garage il y a 25 ans a-t-elle pu devenir la plus grande société de supply chain intégrée D2C (direct to consumer) du monde ?

Le parc de semi-remorques en compte 10.000 aujourd’hui. Récemment, Amazon s’est mis à acheter des tracteurs également.

Amazon réfute les chiffres avancés par Rakuten Intelligence, mais il n’empêche que ses intentions sont claires : prendre au maximum le contrôle de sa chaîne logistique et de ses divers maillons. Une des raisons est que le commerçant en ligne veut être en mesure de livrer les produits vendus en un seul jour, où que ce soit aux Etats-Unis. Dans le Benelux, nous y sommes habitués, les contraintes logistiques étant compensées par des distances fort courtes. Dans un pays aussi vaste que les Etats-Unis, c’est un défi immense. Le temps ‘click-to-door’ y est en moyenne de 4,2 jours. Amazon a, au fil des ans, réussi à le raccourcir à 3,2 jours.

Plus de 50% de part de marché

Raccourcir ces délais à Day+1 implique des moyens énormes : Il faut un réseau de centres de distribution très dense pour rapprocher les stocks du client final ou utiliser des avions et des camions pour transporter les produits vendus en ligne d’un côté du pays à l’autre. Pour arriver à une livraison Next Day, il faut une chaîne logistique parfaitement huilée. Amazon estime que ce n’est possible qu’en organisant lui-même ses transports plutôt que de les confier à UPS ou FedEx.

La part de marché d’Amazon dans l’e-commerce américain est aujourd’hui supérieure à 50%. La moitié de son chiffre d’affaires provient de vendeurs tiers, car Amazon est également une place de marché. Bien souvent, ces tierces parties lui confient également leur logistique : deux tiers des plus grands vendeurs sur Amazon.com font appel à Fulfilment by Amazon.

Amazon a investi ces derniers mois 800 millions de dollars dans ce nouveau service de livraison Day+1. Sans compter les autres investissements. Ainsi, Amazon Air a acheté 15 avions cargos supplémentaires, portant sa flotte à 70 avions d’ici 2021. Pas mal pour une société créée en… 2016.

Plus de camionnettes que FedEx et UPS

Pour assurer les livraisons soi-même, Amazon se dote de 20.000 camionnettes Mercedes-Benz Sprinter

Cette année, Amazon a lancé son propre réseau de distribution pour le last mile, le programme Amazon Delivery Service Partner. Il achète les camionnettes et les loue à des PME qui effectuent les livraisons. Amazon a commandé pas moins de 20.000 camionnettes lourdes à Mercedes-Benz, 2.000 camionnettes spéciales à Spartan et 100.000 camionnettes électriques à Rivian, une start-up dans laquelle Amazon a pris une participation. D’ici à 2030, il aura une flotte de 130.000 camionnettes. Elle sera plus grande que celle de UPS ou Fedex.

Cette année encore, Amazon a créé la société de transport routier Amazon Shipping, qui a coimmencé à acheter ses propres tracteurs. Il avait déjà 10.000 semi-remorques et faisait appel à des chauffeurs indépendants. Il commence donc à embaucher ses propres chauffeurs. Ajoutons à cela qu’une société de ‘trucking brokerage’ a été créée, c’est-à-dire une société d’expédition routière. Amazon Maritime, une société d’expédition maritime (NVOCC), existait déjà. D’autres exemples d’investissements similaires existent, mais la place nous manque ici.

Un monstre à plusieurs têtes

Selon le conseiller en logistique Alex Van Breedam, toutes ces évolutions sont de mauvaises nouvelles pour la logistique. « Amazon devient un monstre à plusieurs têtes. Il est tant vendeur de produits que fournisseur de services. De plus il supprime autant que possible les intermédiaires (‘cut out the middleman’), ce qui menace les divers acteurs le long de l’ensemble de la supply chain. Cela provoquera une vague de consolidation dans le secteur logistique, estime-t-il.

« L’Amazonisation de la logistique est aussi un danger pour la société. Ils ont tout en mains : une masse de données, une vue détaillée sur les comportements d’achat et le contrôle sur la chaine logistique. On peut donc se poser la question si les autorités ne vont pas devoir intervenir, » dit il.

Amazon a mis son premier avion en service en 2016. En 2021, il en aura 70.

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