Tachygraphe digital 4.0 : Super-Mouchard !

 09/07/2018  Claude Yvens  Fleet Management
Tachygraphe digital 4.0 : Super-Mouchard !

Quatorze ans après son installation obligatoire dans tous les poids lourds, le tachygraphe digital va connaître en 2019 sa première véritable révolution technologique. Quatorze ans, c’est énorme dans le monde de l’IT…

Le tachygraphe digital est obligatoire dans tous les véhicules inscrits en Belgique depuis le 5 Août 2005. Depuis lors, il a subi six phases d’évolution pour éliminer ses erreurs de jeunesse (les fameux messages d’erreur qui apparaissaient lors du téléchargement),  pour répondre aux nouvelles règles en matière de temps de conduite et de repos (ce fut le cas en novembre 2008) ou pour clarifier la règle de la minute (2011). Depuis octobre 2012, le tachygraphe digital 2.0 est théoriquement plus difficile à trafiquer parce qu’il enregistre également les signaux d’un détecteur de mouvement.

Infalsifiable ?

Le futur tachygraphe découle d’un nouveau Règlement européen passé en 2014 et qui entend surtout limiter les fraudes, dans le but évident d’éliminer les cas de concurrence déloyale et d’œuvrer en faveur de la sécurité routière. La grande nouveauté de cette nouvelle génération est sa connectivité. L’appareil intègrera un module de communication par ondes courtes, un GPS et un détecteur de mouvement plus sophistiqué. Le premier permettra à des portiques… et aux services de contrôles de communiquer directement avec le véhicule. Concrètement, une patrouille de police pourra détecter un poids lourd en infraction à distance et n’arrêter physiquement que les véhicules où une infraction est supposée.

Le GPS intégré fournira aux entreprises de transport un service de track & trace de base, mais il est encore trop tôt pour dire à quel coût supplémentaire (actuellement, le DTCO 1381 de Continental propose déjà un service de localisation moyennant l’installation d’une antenne GPS supplémentaire).

Avec tout cet équipement, ces deux innovations doivent rendre le tachygraphe digital plus facile à contrôler et plus difficile à falsifier. Sera-ce vraiment le cas ? « Nous avons été impressionnés par l’ingéniosité de certains transporteurs ou chauffeurs pour falsifier les premières générations », déclarait récemment Lutz Scholten, responsable de la branche ‘tachygraphe’ chez Continental. A voir donc… Potentiellement, le tachygraphe 4.0 a aussi tout ce qu’il faut pour permettre le paiement d’une taxe kilométrique. Il en parle en tout cas le langage.

Attention : avant le 15 juin 2019, le nouveau règlement européen sur la protection des données privées (GDPR) sera entré en vigueur : il faudra donc que chaque chauffeur donne son consentement explicite pour que les données le concernant puissent être utilisées. Et ces données vont revêtir une grande importance : selon le Dr Scholten, il sera p.ex. possible aux flottes de ‘commercialiser’ leurs données, p.ex. auprès de leur compagnie d’assurance afin d’obtenir une baisse de leurs primes si elles prouvent qu’elles respectent scrupuleusement la législation sur les temps de conduite.

Beaucoup de critiques

Cela fait longtemps que la Febetra critique le nouveau tachygraphe ‘intelligent’. Ce tachygraphe pourrait n’être qu’une mesure transitoire, et la Febetra demande maintenant d’attendre que le tachygraphe ‘vraiment intelligent’ soit disponible.

La principale critique de la fédération porte sur le fait que le nouveau tachygraphe digital n’enregistrera pas les passages de frontières, ce qui obligera le chauffeur à s’arrêter au premier parking pour enregistrer ce passage manuellement. “Cette lacune technique donnera lieu à des situations chaotiques et accidentogènes au premier point d’arrêt approprié où les chauffeurs devront introduire de façon manuelle où et quand ils ont franchi une frontière”, estime Philippe Degraef, directeur de la Febetra.

Mais ce nouveau tachygraphe digital pourrait bien être suivi assez rapidement d’une version réellement ‘intelligente’. “Il ressort clairement de nos contacts que l’Europe envisage sérieusement d’adapter les spécifications techniques de cet outil de façon à ce que chaque franchissement de frontière puisse être enregistré automatiquement. Les fabricants de tachygraphe ont déjà laissé entendre que le tachygraphe intelligent de la seconde génération, disposant d’une fonction ‘mapping’, pourrait être disponible un an après la publication des nouvelles spécifications techniques”, poursuit Degraef. Estimant que le tachygraphe ‘version 2019’, dans ce contexte, n’offre aucune valeur ajoutée, la Febetra demande donc d’attendre l’arrivée de la version ‘intelligente’… dont la date d’introduction obligatoire n’est évidemment pas encore connue. A l’appui de sa demande, la Febetra cite également une éventuelle obligation d’installer le nouveau tachygraphe dans tous les camions (et pas seulement dans les camions neufs), une mesure qui est reprise dans des notes préparatoires au futur nouveau texte européen. Si, comme cette note le propose, les transporteurs avaient deux ans pour mettre tout leur parc en ordre, il leur en coûterait 1300 euros par véhicule.

Le timing

  • 4 février 2014 : le règlement 165/2014 est adopté, instaurant le tachygraphe digital 4.0
  • 17 octobre 2016 : l’Arrêté Royal relatif au tachygraphe est publié
  • 15 juin 2019 : tous les nouveaux poids lourds doivent être équipés du nouveau tachygraphe digital
  • 20xx (à confirmer) : retrofit obligatoire pour tous les poids lourds