Delhaize et AB Inbev croient au transport ferroviaire sur courte distance

 11/05/2018  Philippe Van Dooren  Logistics
Delhaize et AB Inbev croient au transport ferroviaire sur courte distance

Delhaize et AB Inbev se sont associés pour réaliser un projet-pilote de transport ferroviaire sur courte distance. Ensemble avec Lineas, Remitrans et la POM Oost-Vlaanderen, ils ont testé le ‘train de la bière’ l’été dernier entre Jupille et Ninove. Un train peut transporter 1.000 palettes de bacs de Jupiler, soit l’équivalent de 40 semi-remorques. Normalement, le train commencera dans le courant de 2018 à faire la navette entre la brasserie et un centre de distribution du retailer.

En Belgique, et plus généralement en Europe, le transport ferroviaire sur courte distance a pratiquement disparu au profit du transport par camion. Celui-ci est non seulement plus rapide et plus flexible, mais aussi meilleur marché. Pourtant, de plus en plus de chargeurs et d’entreprises logistiques s’intéressent au transport ferroviaire. Leur motivation ? Réduire les émissions de CO2  d’une part et la congestion croissante du réseau routier de l’autre.

Deux chargeurs s’intéressant au ferroviaire pour réduire leur empreinte CO2 sont Delhaize et AB InBev. Ils veulent acheminer la Jupiler par le rail entre la brasserie d’AB InBev à Jupille (près de Liège) et Ninove, où Delhaize a son centre de distribution FMCG. Ils ont donc créé une collaboration unique, à laquelle ils ont associé le transporteur ferroviaire Lineas (anciennement B Logistics) et le transporteur routier Remitrans de Ninove, qui dispose d’un embranchement ferroviaire à moins de 500 mètres du centre de distribution.

Premier test

Un premier test, réalisé en juin, a suscité un vif intérêt. Les politiques se bousculaient pour soutenir l’expérience. Même le ministre flamand Ben Weyts a pris la pose aux côtés de son rival, le ministre fédéral François Bellot. Ceci indique l’importance du projet ! Il s’agit en effet d’une forme unique de collaboration horizontale entre deux chargeurs – un producteur et un retailer – et deux transporteurs – un transporteur ferroviaire et un transporteur routier – dont la régie était assurée par la province de Flandre orientale. « Ce partenariat réunit des personnes qui se passionnent pour le transfert modal », a résumé Geert Pauwels, CEO de Lineas, cette initiative constituant selon lui un signal pour la société.

Deuxième trimestre 2018

Pour l’instant, on en est resté à ce trajet d’essai. « Ce qui ne signifie pas que nous nous arrêterons là, au contraire. Entretemps, nous analysons les données et points de blocage livrés par le test, et identifions les améliorations à apporter pour optimiser l’opérationnalité », précise Roel Dekelver, porte-parole du groupe Delhaize.

AB Inbev, Delhaize et les autres partenaires souhaitent que le train soit opérationnel au deuxième trimestre 2018. « Nous pourrions aller plus vite, mais nous ne voulons pas faire coïncider l’inauguration du nouveau centre de distribution à Ninove et le lancement effectif du ‘train de la bière’. Cela ne ferait qu’accroître la complexité du projet », ajoute Dekelver.

Ouvert à d’autres entreprises

Les initiateurs du projet se sont fixé l’objectif de trois trains par semaine. A raison de 1.000 palettes par train, chaque trajet correspond à 40 camions en moins sur les routes. A terme, 5.000 camions par an pourraient donc disparaître de nos routes. « Mais ce nombre pourrait augmenter rapidement si d’autres entreprises prenaient le train en marche. Notre initiative est en effet ouverte à d’autres partenaires », lance Luc D’Hondt, manager European Transport Optimization chez Delhaize, un des grands promoteurs du projet. Selon lui, d’autres types de marchandises pourraient être acheminés vers le centre de distribution de Ninove ou vers d’autres entreprises des alentours. « Il s’agit d’une collaboration horizontale. Plus les participants seront nombreux, plus les volumes seront importants et plus le projet sera intéressant. »

« Cette collaboration horizontale a ceci d’unique que d’autres partenaires, de tous les horizons, peuvent y participer. D’autres fournisseurs, mais aussi d’autres retailers », ajoute D’Hondt. Selon lui, les mentalités changent et les entreprises de distribution sont plus ouvertes à la collaboration et à la mutualisation des flux de marchandises. « En fait, tout ce que le client ne voit pas dans le magasin peut faire l’objet d’une collaboration. »

Geert Pauwels, CEO de Lineas, confirme : « Le transport par rail est particulièrement efficace lorsqu’il y a beaucoup de volumes. Plus nous remplirons les wagons, plus nous pourrons en ajouter au train et mieux ce sera pour tous les partenaires. »

Selon Danny Vanrijkel, gestionnaire de projet à la POM Oost-Vlaanderen (SDP Flandre orientale), plusieurs partenaires potentiels ont déjà été identifiés. « Nous voudrions élargir le projet et des entretiens sont prévus avec des entreprises comme Colruyt, Spadel ou Refresco. Ce dernier est un fabricant de limonades pour labels privés établi à Ninove, ce qui ouvre des perspectives pour équilibrer les trajets aller et retour des trains. »

Le projet ‘train de la bière’

Chaque jour, de nombreux camions font le trajet entre Jupille près de Liège et le centre de distribution FMCG de Delhaize à Ninove. Le but du projet est de transporter la bière désormais par le rail. Les bacs sont chargés chez Europorte dans le port de Liège, à 750 mètres du site de production d’AB Inbev, acheminés en train vers Ninove et déchargés chez Remitrans. Il y a huit ans, cette entreprise a acheté une voie ferroviaire à côté de son site. Elle allait être fermée par Infrabel, mais Remitrans s’y est opposé. De là, la bière est acheminée jusqu’au centre de distribution FMCG de Delhaize, à moins de 500 mètres de là.

Les coûts d’étude et de mise en route du premier train se sont élevés à 55.000 euros. Les partenaires ont contribué à concurrence de 18.000 euros, la province de Flandre orientale de 18.000 euros et la SDP-Flandre orientale du reste. Ces efforts s’inscrivent dans le plan d’action climatique de la province.