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Conjoncture : relance économique incertaine

 25/02/2010  Claude Yvens  Economie
Conjoncture : relance économique incertaine

Si l’’on observe depuis plusieurs semaines une certaine stabilisation de l’’activité des transports, différents indicateurs incitent à rester vigilants. L’’examen du taux d’’activité des entreprises de transport oeuvrant en amont de la production industrielle nous permettra de mieux cerner l’’évolution à court terme du secteur.

Amorcé en automne 2008, le recul général de la production industrielle a fortement fragilisé les entreprises de transport. Face à l’ effondrement de l’ économie, aucun transporteur n’ a été épargné. «Le point ultime de la crise a été atteint au cours des premiers mois de l´année 2009, avec une réduction de l´activité de 20%», explique William Fabry, Directeur Commercial de TDG Mond, spécialisée dans le transport de produits chimiques.

Une certaine  stabilisation…   
 
Après la plus violente crise jamais traversée par le secteur de la sidérurgie, depuis le second semestre 2009, l’activité a peu à peu repris, permettant par exemple au géant de l´acier Arcelor Mittal de redresser sa production jusqu’à 70% de ses capacités. La stabilisation du secteur sidérurgique est allée de pair avec une croissance réelle – quoique légère – du transport spécifique à ce type de marchandises.
Comme le confirme Henri Alders, Administrateur Délégué de Alders International Transport, «depuis janvier, face à l´augmentation de certaines activités, la situation a tendance à se stabiliser».
 
Les signaux émis par la pétrochimie peuvent être qualifiés de globalement positifs, comme l´explique Luc Haesearts, Directeur de l´entreprise de transport éponyme spécialisée dans le transport de produits chimiques pour le compte de BASF Anvers. «Si en 2009, le marché a évolué pendant plusieurs mois à des niveaux très bas, la réduction de l´activité est aujourd´hui moins importante». Même écho chez William Fabry qui, par rapport à un mois de janvier 2009 très calme, observe une augmentation de 10% des volumes transportés et une progression avoisinant les 19 % au niveau de l´activité de stockage : «Face à une stabilisation de la demande, nos clients relancent leurs stocks afin d´avoir davantage de marchandises disponibles. Ce qui est un signe positif pour le secteur».
 
Par ailleurs, le transport de matières premières ne se porte pas trop mal non plus. Comme le confirme Frédéric s´Heeren, patron d´une entreprise hesbignonne de transport par bennes évoluant dans un secteur de niche et qui n´a pas observé de changement réel en 2009. « Le volume d´affaires a progressé de 10 à 12% sur 2009 », précise t-il.Ainsi, face à l´augmentation des volumes de transport, l´entreprise a récemment investi dans l´achat de nouveaux véhicules.   
 
… qui incite néanmoins à la prudence…
 
Ces différents signaux positifs doivent toutefois être nuancés. Nous vivons une situation de reprise en dents de scie, avec par exemple, trois semaines d´activité intense, suivies de semaines plus calmes. Ainsi, du côté de la sidérurgie, la consommation encore incertaine d’acier des secteurs de l´automobile et du bâtiment risque de conduire à un recours accru à la sous-traitance pour faire face aux pics de production.
 
Dès lors, avec une demande globale en transports qui reste très inférieure par rapport à juin 2008, de nombreux acteurs continuent de s´interroger sur la réalité de la reprise économique. Ainsi pour Denis Crahay de SCTR, «les volumes transportés sont répartis différemment. C´est la disparition de quelques transporteurs qui a modifié la donne du marché; la demande n´étant pas pour autant plus élevée».  
 
Et si les flux de transport ont tendance à augmenter ici et là, la pression des prix demeure la principale source d´inquiétude. Les prix demeurent très bas alors qu´au niveau des coûts on ne perçoit aucun allègement. Pour le même Denis Crahay, «les clients poussent à la diminution continue des prix. Toutefois, dans la majorité des cas, nous n´avons pas modifié notre politique à ce niveau ».  Et Frédéric s´Heeren d´ajouter : «J´ai refusé de revoir ma politique des prix à la hausse ou à la baisse. Si vous maintenez un service de qualité, la clientèle restera fidèle». 
 
De même, Luc Haesaerts déplore cette forte érosion des prix au cours des derniers mois mais témoigne d´un certain optimisme devant « ce cannibalisme qui semble progressivement s´estomper».
 
Il ne faudrait donc pas attendre des taux de croissance normaux avant 2011. Aujourd´hui, la visibilité des entreprises ne dépasse pas le second semestre, et le secteur reste en zone trouble. Pour William Fabry (TDG Mond), il demeure aléatoire d´émettre des prévisions de reprise de sa propre entreprise basées sur le redressement des activités de sa clientèle. Néanmoins, « l´apparition de nouveaux accords-cadres pour 2010 dans le secteur de la pétrochimie, représente des signes d´encouragement pour le secteur ».
 
Elargir son offre de services
 
Plus que jamais, la résistance à la crise tient à la stratégie que les entreprises seront parvenues à déployer. Il y a dans l´esprit des dirigeants une réelle volonté de maintenir leur entreprise à flot. De nombreux entrepreneurs n´ont pas hésité à revoir leur positionnement. Comme le dit Luc Haesaerts : « une crise doit être vaincue. Le cas échéant, c´est la fin assurée de l´activité». Principalement dédiée au transport modal, l´entreprise concentre actuellement ses activités sur le transport par route.
 
Dans le même sens, l´entreprise SCTR n´a pas hésité à élargir son offre afin d´élargir le volume d´activités. «Il était pour nous primordial d´attaquer d´autres marchés porteurs afin de nous démarquer de la concurrence », affirme Denis Crahay. Dans le même sens, Frédéric s´Heeren estime que « le gestionnaire en transport se doit d´adopter une démarche proactive envers sa clientèle. Sans quoi, c´est la porte ouverte à la concurrence ». 

 

 

 

 

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