Congestion et pénurie de chauffeurs restent les principaux défis : la parole à trois transporteurs

 20/06/2019  Timothy Vermeir  Expertise Center, Trucks & Trailers
Congestion et pénurie de chauffeurs restent les principaux défis : la parole à trois transporteurs

« Aucun collègue ne va se plaindre de 2018 », souligne une des personnes interviewées pour cet article. C’est vrai, même si nous entendons aussi que le secteur du transport va devoir relever un certain nombre de défis fondamentaux. Un secteur qui doit s’adapter rapidement au contexte dans lequel il évolue.

2018 a été une bonne année pour le transport, grâce à la reprise économique. Une année au cours de laquelle ses services ont été suffisamment sollicités, même au-delà de ce que les entreprises peuvent accomplir. Le fait que ces entreprises aient parfois dû décevoir un nouveau client potentiel s’explique par la pénurie toujours plus importante de chauffeurs.

VPD livre au domicile de particuliers, ce qui signifie que les chauffeurs (qui sont toujours accompagnés d’un convoyeur) doivent connaître la langue du client, parfois amener un bien à l’étage et le brancher. « Oui, nous en demandons un peu plus à nos chauffeurs », indique Dirk Van Peteghem, directeur. « Chez nous, avant qu’un chauffeur puisse prendre la route tout seul, il faut de quatre à six semaines. Est-ce un écueil ? Je pense justement que cela crée davantage d’implication et aide à limiter la rotation du personnel : nos chauffeurs voient bien tout ce qu’on investit en eux. » Pour pouvoir mobiliser davantage de chauffeurs, VPD investit notamment dans la formation des convoyeurs qui ne possèdent pas de permis C. Et depuis l’été dernier, l’entreprise offre aussi des chèques-repas dans l’espoir d’être plus attractifs sur ce marché du travail très concurrentiel, « surtout dans le Limbourg, moins ici dans la région de Halle », précise-t-il.

Les chauffeurs de STEF Belgique sont également soumis à des exigences plus élevées, déclare Gauthier Morel, CEO. Dans le secteur de l’alimentation, il est crucial de ne pas rompre la chaîne du froid, mais le respect des délais est aussi extrêmement important. « Tout cela fait qu’il est très difficile pour nous de trouver suffisamment de personnes », dit-il aussi. « Pour avoir suffisamment de chauffeurs, nous formons par exemple des magasiniers et engageons aussi des gens sans permis C. Par ailleurs, nous essayons surtout de nous distinguer du reste du marché, notamment en donnant la possibilité à chaque collaborateur de participer à l’entreprise : 18 % des parts de STEF sont aux mains du personnel. Mais il y a aussi les valeurs et la stratégie de l’entreprise : nous n’ouvrons par exemple pas de filiale en Europe de l’Est, nous ne sommes pas comme cela. »

Les prix doivent augmenter

Pour attirer de nouvelles recrues, MC Transport & Logistics collabore avec VDAB et le Forem, mais aussi avec des écoles. Mais la quête est à ce point difficile que le dirigeant Rocky Crick est persuadé que la pénurie aura un impact économique. « Je prévois que la pénurie fera augmenter les salaires. Maintenant, je ne m’y oppose pas : les chauffeurs apportent une contribution importante et endossent de grandes responsabilités. Et tout comme la taxe kilométrique – qui faisait peur à tout le monde, mais finalement il n’y avait pas d’autre choix –, des salaires plus élevés doivent mener à des prix plus élevés pour nos clients. »

La congestion n’est plus un simple ‘désagrément’, mais un facteur économique qui a un impact sur la bottom line. Dirk Van Peteghem : « La vitesse de notre dernier kilomètre a baissé de 5 km/h. Cela signifie que nous pouvons assurer moins des livraisons par jour. Et donc, nous avons introduit une augmentation de prix. Environ la moitié de nos clients l’ont accepté, avec d’autres nous avons engagé un dialogue, mais en fin de compte, le prix a augmenté pour tout le monde. Notre expérience montre que le client l’accepte si vous lui présentez des arguments. Nous avions le graphique de l’ordinateur de bord et pouvions montrer noir sur blanc que la vitesse avait baissé. »

Même son de cloche chez STEF. « En raison de la congestion et de l’attente chez les clients, la vitesse commerciale a baissé de 10 % en trois ans », affirme Gauthier Morel. « Il faudrait pouvoir compenser cela en augmentant le prix. Nous examinons, avec nos clients, les files et les temps d’attente. »

Cette relation avec le client est, pour STEF, une manière de se distinguer. De cette façon, les clients paieront plus facilement le prix correct pour leurs transports, tel est le raisonnement à Saintes. « Le marché s’est aplani au cours de ces dernières années avec de nombreuses adjudications qui ne tenaient compte que du prix. Mais aujourd’hui, l’offre est insuffisante », indique-t-on.

Des véhicules plus petits, des carburants alternatifs

MC Transport & Logistics est notamment spécialisé dans la distribution de chocolat. Cette activité l’amène dans les centres de nos villes historiques, où non seulement il n’est pas pratique de décharger avec un poids lourd mais où, dans de nombreux cas, les autorités locales interdisent l’accès aux camions ou le limitent strictement. « Nous avons investi dans des 3,5 tonnes afin de pouvoir livrer dans les centres urbains », précise Rocky Crick. « Mais si tout le monde doit livrer avant 11 h, alors que les magasins ouvrent à 9 h, c’est forcément le chaos… »

Chez VPD aussi, la flotte compte de plus en plus de petits véhicules. Dirk Van Peteghem pointe les différents avantages : non seulement il peut livrer chez les particuliers dans les centres-villes, mais en choisissant des camionnettes, il peut aussi mobiliser des chauffeurs sans permis C. L’entreprise étudie en outre activement les propulsions alternatives : « L’an passé, nous avons décidé d’investir dans des véhicules au CNG et éventuellement dans un certain nombre de camionnettes électriques pour les centres-villes. Notamment sur demande des clients. Ikea, par exemple, veut qu’une partie du parc des transporteurs utilisent, d’ici à 2025, des carburants alternatifs. »

Rocky Crick a aussi étudié les carburants alternatifs : « Nous en avons examiné un certain nombre. Mais si on se base sur l’autonomie et le coût, il n’existe pas pour l’instant d’alternative valable au diesel. » Seul l’hydrogène semble intéressant, ajoute-t-il, même si cette solution n’est pas encore pour tout de suite.

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