Conférence ECTA 2018: si les chargeurs s’y mettent…

 06/12/2018  Claude Yvens  Logistics
Conférence ECTA 2018: si les chargeurs s’y mettent…

En pleine période de basses eaux sur le Rhin, c’est vers la route que se reporte la demande en transport des industries chimiques. La pénurie de chauffeurs y est donc plus sévère qu’ailleurs, mais les chargeurs commencent peut-être à comprendre le message.

La conférence des logisticiens de la chimie s’est tenue dans un contexte économique plutôt positif. L’organe représentatif de l’industrie chimique Cefic table sur une hausse de la production, certes modeste, de 1,5 % en 2019, comme en 2018. Dans ce contexte, les difficultés rencontrées par la navigation rhénane en raisons des basses eaux reportent de nouveaux volumes sur la route. La pénurie de chauffeurs prend donc ici des proportions particulières.

Réduire les temps d’attente

Comme l’a expliqué Frédéric Desrumaux (CEO de Transports Vervaeke), les deux principaux facteurs de mécontentement de ses chauffeurs sont les files et les temps d’attente aux terminaux. Chez De Decker-Van Riet, on reconnaît que des chauffeurs préfèrent travailler dans le general cargo, moins bien payé mais plus rassurant quant aux horaires de travail. “Il est clair que nous avons besoin de meilleures infrastructures de transport et que nous devons améliorer l’efficacité de nos terminaux. Sur le premier point, nous n’avons pas d’influence, alors concentrons-nous sur le deuxième”, reconnaît Simon Goswell (Supply Chain Director EMEA chez Lyondell). Les industriels seraient donc bien avisés de réduire les temps d’attente. Ne pas s’y attaquer peut donc rapidement se transformer en goulet d’étranglement dans une supply chain en flux tendus.
Au nom de BASF, Andreas Backhaus (Senior Vice President European Site Logistics) a détaillé le plan en dix points mis en place par le géant allemand sur son site principal de Ludwigfhafen (plus de 2000 camions et plus de 400 wagons par jour). “Il arrive que le temps de transit atteigne les cinq heures, et c’est clairement trop. Notre objectif est de réduire ce temps de transit à deux heures. Une heure serait théoriquement possible, mais cela représenterait un fameux défi”, reconnaît-il d’emblée.
Pour parvenir à ce résultat, BASF a identifié dix mesures, dont les plus significatives sont détaillées dans le cadre. Il est intéressant de constater que BASF s’inscrit ici dans des projets de standardisation comme le document de nettoyage standardisé (eECD) et fait un large usage du Big Data. La question, ici, sera de savoir quelles données opérationnelles les transporteurs accepteront de partager avec leur client. En d’autres termes, le surcroît d’efficacité pourrait devenir un moyen de pression supplémentaire du chargeur sur son transporteur. La seule partie du projet à ne pas encore avoir été lancée est d’ailleurs la prévision de l’heure d’arrivée prévue de chaque camion à la porte d’entrée, ce qui en dit long.


Les mesures lancées par BASF

Pour réduire le temps de transit total des camions sur son site de Ludwigfhafen, BASF envisage plusieurs mesures qui se complètent :

  • Un meilleur logiciel de planification des slots baptisé Optimism, qui combine les camions, les AGV et les wagons dans le même outil
  • Un nouveau système d’exploitation Yard Exploitation System, basé sur le Big Data et combinant toutes les données nécessaires au chargement ou au déchargement d’une unité de transport. Cet outil YES enverra un seul message au chauffeur via son ordinateur de bord.
  • Trois des quatre vérifications préalables au chargement sont effectuées en amont du point de chargement, en combinaison avec le nouveau document de nettoyage électronique (eECD)
  • Agrandissement du parking à l’entrée du site, construction d’un nouveau bâtiment d’accueil pour les chauffeurs (qui se contentent aujourd’hui de conteneurs…)
  • Développement d’une app pour la navigation sur le site (plus de 160 kilomètres de voiries !)
  • Développement de nouvelles procédures de remplissage Smart Filling
  • Nouvel outil de planification des points de chargement, qui peut augmenter leur productivité de 30 à 40 %

Le port d’Anvers en pointe

Les chargeurs ne sont pas les seuls à se pencher sur le problème. Les ports aussi, et il revenait à Erwin Verstraelen (Chief Digital Innovation Officer du port d’Anvers) d’illustrer ce point. “Le simple fait que la nouvelle direction du port ait créé mon poste en dit déjà beaucoup”, estime Verstraelen, avant de détailler les divers projets innovants lancés en un an. Dans le cadre de la plate-forme Nxtport, par exemple, le fait de combiner les informations de la douane, de l’exploitant du terminal et de la ligne maritime permet d’éviter des messages parfois contradictoires et de donner au chauffeur un seul ‘feu vert’ au bon moment.

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