CMR électronique : gain de temps, gain d’argent

 08/02/2017  Claude Yvens  Fleet Management, enews
CMR électronique : gain de temps, gain d’argent

Avec un léger temps de retard sur les Pays-Bas, la Belgique a lancé un projet-pilote pour évaluer le fonctionnement de la lettre de voiture électronique. La digitalisation des documents de transports recèle un réel potentiel d’économie pour les entreprises de transport.

« Pour une fois, je suis heureux de constater que vous êtes venus très nombreux non pas pour vous informer d’une nouvelle taxe, mais bien pour apprendre comment vous allez pouvoir gagner de l’argent. » Au micro, Lode Verkinderen, secrétaire général de Transport en Logistiek Vlaanderen, pouvait jubiler le 28 septembre dernier à Zwijnaarde pour le lancement du projet de CMR électronique que TLV lance avec Pionira. Ce n’est cependant pas le seul projet à avoir été reconnu par le SPF Mobilité et Transports. Mais revenons au début de l’histoire…

Soixante ans de paperasse

Au début était la convention CMR de 1956. Depuis 60 ans donc, les expéditeurs, les destinataires et les transporteurs remplissent, consignent leurs copies rouge, verte ou bleue et redirigent les informations pertinentes vers leurs propres systèmes de gestion. En Belgique, depuis la ‘loi Transport’ de 1999, la Convention CMR s’applique aussi au transport national.

En février 2008, la Commission Economique pour l’Europe de l’ONU a adopté un ‘Protocole Additionnel à la Convention CMR’ qui envisage l’établissement optionnel de la lettre de voiture par procédé électronique. La Belgique a été un des premiers pays à signer ce nouveau protocole, mais il a fallu attendre le 10 avril pour voir publié l’Arrêté Royal qui instaure la lettre de voiture électronique dans notre pays.

Il existe déjà de multiples services permettant d’émettre un CMR de manière semi-automatique à partir d’un TMS ou d’un ERP. Le projet-pilote qui vient d’être lancé en Belgique est cependant d’une toute autre portée. Il s’agit d’utiliser un document digital d’un bout à l’autre de la chaîne de transport (de l’établissement du CMR à la facturation et au traitement des réserves et plaintes éventuelles), en ce compris la signature authentifiée du document.

Signature informatique

Tout qui se fait livrer des colis par courrier express pensera immédiatement aux appareils utilisés par les livreurs, où il suffit de signer avec un stylet sur un écran tactile… mais la signature doit rester entièrement sous contrôle de la personne qui signe, et signer sur un appareil que vous ne contrôlez pas n’a donc aucune valeur légale. Dans le cadre du projet-pilote, le SPF a donc lancé un défi aux développeurs informatiques qui ont eu neuf mois (à partir du 1er mai 2016) pour remettre leur dossier et prouver que ‘leur’ CMR électronique répond bien aux exigences de la Convention CMR (qui n’a pas changé depuis 1956), qu’il pourra être présenté à tout moment en cas de contrôle et que leur signature électronique est valide.

A ce jour, xx projets ont été validés par les experts du SPF : celui de Pionira/TLV et celui de Value Engineers/Suivo. Xx autres projets en sont à des stades divers de validation : celui de Transfollow et celui de Transport IT/UPTR.

Pionira a développé une application qui génère pour chaque CMR un QR-Code et/ou un code PIN unique. La signature électronique s’effectue en scannant le QR-Code avec n’importe quel smartphone ou tablette fonctionnant sous Android. Tous les flux de données se passent sur une plate-forme ‘cloud’ sécurisée chez Pionira qui assume également la fonction d’archivage (les documents doivent être conservés durant sept ans).

Transfollow travaille également sur base d’un QR-Code unique (qui est également utilisé par Value Engineers). « Nous voyons que les clients l’appliquent dans la pratique de manière différente, explique Hans Togtema de Value Engineers. Dans l’entrepôt, ils utilisent Transfollow pour émettre le CMR. L’expéditeur signe auprès du chauffeur avec le QR-Code, et le chauffeur signe aussi avec le QR-Code. A la réception des marchandises, le client utilise souvent le ‘sign on glass’ (c’est justement le point qu’il faudra modifier, NDLR). » Du côté de transport IT, on utilise un code PIN unique à toutes les étapes.

Le grand avantage d’un CMR électronique se manifeste quand le document peut être généré automatiquement à partir d’un Transport Management System. La quasi-totalité des données relatives au transporteur, à l’expéditeur, au destinataire, au type de marchandises et au colisage sont en effet déjà disponibles et ne doivent plus être encodées. Au moment de choisir son fournisseur d’eCMR, il faudra donc vérifier à quelles conditions son système communiquera avec le TMS, mais aussi avec les logiciels utilisés par les autres maillons de la chaîne de transport. C’est à cette condition seulement que l’eCMR fera aussi gagner du temps aux clients des transporteurs.

Puisque plusieurs fournisseurs sont déjà certifiés par le SPF, le risque existait de voir les clients respectifs incapables de communiquer entre eux, d’une plate-forme eCMR à l’autre. Ce risque est cependant faible : les discussions sont déjà en cours entre Transfollow, Pionira et Value Engineers (à notre connaissance en tout cas) pour permettre l’intégration des données.

Chaque fournisseur d’eCMR pourra néanmoins mettre en avant des atouts spécifiques. Suivo propose une option qui permet d’ajouter les retours de palettes ou de conteneurs à roulettes, tandis que le chauffeur peut aussi mentionner ses kilomètres parcourus, ses temps d’attente, de chargement et de déchargement.

Transport IT (qui avait déjà développé une gestion semi-automatisée des CMR dans le cadre de son logiciel Plan & Ride) insiste sur la convivialité de son système (qui conserve les couleurs auxquelles les différents utilisateurs sont habitués), la facilité de gestion des réserves et le fait qu’une connexion 2G suffit (là où d’autres nécessitent le 3G).

Un gain de 40 %

On estime généralement qu’un collaborateur peut traiter 30 CMR par jour, soit environ 5000 par an. Rudy Balcaen (COO chez Eutraco) a testé la version beta (DigiCMR) du système Pionira (sans signature électronique) : « Il suffit de pousser sur un bouton pour générer un CMR qui peut être imprimé chez nous, chez le client ou chez le destinataire, avec les conditions générales au verso. Tout est parfaitement lisible, y compris pour régler les questions d’échange de palettes. Presque tous nos véhicules sont équipés de scanners, et s’il n’y a pas de complications, le client a accès à toutes les données en temps réel dans le cloud. Nous émettons entre 800 et 900 CMR par jour, et avec la version beta, nous gagnons déjà 40 % de temps. J’estime que nous pourrons donner des tâches plus productives à deux personnes une fois que le système eCMR sera entièrement opérationnel ».

D’une manière générale, l’eCMR réduira aussi le risque d’erreur d’encodage, ce qui se traduira par une facturation plus rapide. L’avocat spécialisé Philippe Melis voit un autre avantage déterminant à l’eCMR : « Le CMR est un élément de preuve. Avec l’évolution du transport, on en voit écrits dans toutes les langues et pas toujours de manière lisible. Avec un CMR électronique, la lisibilité est garantie, et le traitement des réserves et des plaintes s’en trouvera facilité. »

Ce n’est pas tout. Pour autant que le système permette une gestion facile des réserves (c’est le cas avec tous les systèmes actuellement homologués), la possibilité de joindre à l’eCMR des photos (d’emballages abîmés, p.ex.) permettra aussi d’accélérer le traitement des plaintes éventuelles.

Un nouvel écosystème

Il est frappant de constater que les trois fédérations professionnelles se positionnent sur le marché : TLV avec Pionira, UPTR avec Transport IT, tandis que la Febetra réfléchit toujours à la manière d’appliquer en Belgique l’accord-cadre signé entre Transfollow et l’IRU (dont le Febetra est membre). Pour l’instant, seul Suivo peut se présenter en tant que fournisseur ‘indépendant’. En attendant d’autres offres peut-être…

Les fédérations voient aussi dans le CMR électronique un moyen d’installer le transporteur au centre du jeu. « C’est le transporteur qui prend en charge la plus grande partie de la relation, c’est lui qui doit fournir la preuve en cas de contrôle. Il est donc logique que ce soit le transporteur qui utilise le logiciel et gère les transports. Les expéditeurs ainsi que les destinataires ne sont que des utilisateurs du logiciel. Ils doivent pouvoir suivre l’évolution des transports en cours, mais ne doivent pas être abonnés au système », défend Alain Adriaens (Transport IT). « Il n’est pas question qu’un (autre) acteur de la chaîne logistique impose son logiciel aux autres », renchérit Michael Reul (UPTR). Quoi qu’il en soit, c’est une nouvelle ère d’efficacité qui s’ébauche. Il serait juste que les pionniers en soient récompensés…

Portée nationale… pour l’instant

Le projet-pilote porté par le SPF Mobilité et Transports n’a pour l’instant qu’une portée nationale. Il ne faudrait cependant pas grand-chose pour qu’un CMR électronique puisse être utilisé en transport international. Selon le ‘Protocole Additionnel à la Convention CMR’ de 2008, il suffit pour cela que deux pays voisins ayant signé ce protocole (c’est notamment le cas avec les Pays-Bas et la Belgique) et que le document utilisé réponde aux prescriptions de l’e-protocole. Des discussions sont déjà en cours au sein du Benelux, et les premiers ministres des trois pays ont signé le 3 octobre une déclaration commune soutenant l’utilisation de documents de transport digitaux. Politiquement, le sujet est donc bien avancé. Reste à rallier les administrations des trois pays, dont le SPF Mobilité et Transports pour la Belgique, et le CMR électronique pourra devenir réalité dans tout le Benelux.

Au-delà du Benelux

La France et l’Allemagne ont récemment assoupli leur position, au départ plutôt réticente, sur le CMR électronique. Au-delà de ces deux pays, l’Espagne et (surtout) le Danemark en sont de fervents partisans. On peut donc raisonnablement envisager la création progressive d’un espace de transit autorisant l’utilisation de documents de transport électroniques.

Le coût d’un CMR

Coût d’un CMR
Traitement (en minutes) Coût
Création
Impression 1 0,3
Diffusion 3 0,93
Utilisation
Signature au chargement 0 0
Signature au déchargement 5 1,54
Conservation
Recherche si requête 1 0,15 0,04
Remonter statut 3 0,93
Archivage 3 0,93
Renvoyer preuve de livraison 2 5 0,54
TOTAL 6,21
1 : 15 min. dans 1 % des cas
2 : 5 min. dans 20 % des cas

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