Bleckmann: Un seul stock pour les magasins et l’e-commerce

 09/03/2016  Claude Yvens  Logistics
Bleckmann:  Un seul stock pour les magasins et l’e-commerce

Johan Milliau, CEO de Bleckmann, montre fièrement son entrepôt auquel de grandes marques fashion telles que Abercrombie & Fitch ont confié la gestion de leurs vêtements et accessoires. Son entreprise croît à une vitesse soutenue grâce au succès d’un service au client spécialisé, mais tout compris, avec une approche omnichannel.

« Ce que nous faisons ? Bleckmann est un prestataire logistique actif dans la niche des entreprises fashion & life style. C’est d’une part très ciblé (certains diront limités), mais d’autre part nous offrons un service très large qui répond aux défis du secteur. Les marques de vêtement constatent qu’une part toujours plus importante de leur chiffre d’affaires provient directement de clients du e-commerce, mais conservent quand même leurs propres magasins et collaborent avec des boutiques indépendantes. Nous pouvons approvisionner ces différents canaux au départ de nos entrepôts. En même temps, nous nous chargeons aussi du traitement logistique classique comme l’acheminement en provenance de pays producteurs en Asie et dans le reste du monde via le transport maritime ou aérien, y compris les formalités administratives, les entrepôts sous douane etc. », déclare le CEO Johan Milliau.

 

Le service logistique s’appuie sur sur une informatisation et une automatisation poussées. Bleckmann accumule ainsi un savoir-faire important sur les évolutions dans l’ensemble du secteur qui lui permet aussi d’assister les entreprises dans leurs considérations stratégiques. « C’est ainsi que nous pouvons aider de jeunes marques sans beaucoup d’expérience à donner forme à leurs opérations en Europe. Les différences locales entre les Norvégiens et les Portugais, mais aussi entre les Flamands et les Wallons, constituent souvent un obstacle important au succès de ces marques et nous pouvons les aider à opérer les bons choix », explique Johan Milliau.

 

Bleckmann vient par exemple tout juste de signer un contrat avec Lululemon, une marque américaine de vêtements de yoga et de sport avec 800 magasins aux USA et qui souhaite s’étendre sur le Vieux Continent. « Personne n’en a encore entendu parler ici, mais je suis convaincu que cela va vite changer. »

 

Les marques fashion sont très éphémères : elles naissent parfois aussi vite qu’elles disparaissent. « Pour un prestataire logistique comme nous, c’est une difficulté complémentaire. Les grandes marques américaines qui débarquent en Europe, le font souvent d’abord par le biais de distributeurs et agents locaux, avant de s’appuyer sur leurs propres magasins. Ils peuvent ainsi développer le marché et progressivement s’impliquer eux-mêmes davantage. Ceci crée par moment une relation tendue entre les parties. Ce rapport est encore compliqué par l’e-commerce. Les marques vont en même temps approcher directement le consommateur via leur webshop et donc concurrencer leurs partenaires. Toutes ces facettes ont une influence sur notre fonctionnement. »

 

Service étendu

 

Bleckmann mène constamment des négociations commerciales avec des clients existants et futurs. « Cette année, 1100 entreprises différentes auront reçu une facture de notre part. Parmi ces entreprises, il y en a pour lesquelles nous ne gérons que le fret maritime, mais aussi d’autres qui utilisent notre service complet. Je peux me targuer du fait qu’aucun client ne nous a quittés, mais il y en a bien sûr qui disparaissent suite à une faillite ou d’autres circonstances externes. »

 

Dans l’entrepôt de Bergen-op-Zoom, Bleckmann traite aussi bien les commandes pour les magasins que pour les clients e-commerce d’une grande marque américaine. « Ils ont récemment fermé une série de magasins, mais ce chiffre d’affaires perdu a été compensé par l’arrivée de l’e-commerce. Nous constatons donc à peine une différence au niveau du volume de stockage. Mais le traitement de ces deux canaux est complètement différent, ce qui nous a conduits à mobiliser deux halls différents. Dans le premier, on traite et prépare surtout des boîtes complètes avec un seul type de produits avant leur acheminement dans les magasins et chez les grossistes. Une machine de tri traite les petites quantités qui sont ensuite amenées à la zone d’emballage par convoyeur. »

 

Dans l’autre hall, de nombreuses personnes regroupent un certain nombre de commandes sur des charrettes. Ces biens sont encore contrôlés une dernière fois et préparés avant expédition. Ces paquets sont enlevés par les différents transporteurs express.

 

Comme chacun sait, la logistique des retours pour les vêtements achetés sur les webshops est une activité délicate. Bleckmann en a fait sa spécialité. Johan Milliau : « Nous faisons tout pour éviter les erreurs, mais la logistique reste un travail humain et les fautes en font partie. Les marques le savent aussi. Les entreprises textiles les plus progressistes vont cependant plus loin. Elles considèrent chaque retour comme une opportunité de marketing, en fait comme une possibilité de récupérer un client via leur rapidité et leur qualité de service. Si le retour n’est pas bien traité, la marque perd ce client pour de bon. »

 

Cette approche commerciale ne neutralise pas la valeur de stock du produit retourné. « Nous avons perfectionné cette reprise en proposant un service de classement avec contrôle des vêtements retournés. Nous les intégrons dans une catégorie en fonction de leur potentiel de revente, de A pour les biens parfaits qui peuvent être revendus à E pour ceux qui doivent être détruits », déclare Johan Milliau.

 

Chaque marque de vêtements développe toutefois sa propre stratégie de traitement des retours. Certaines les considèrent comme un phénomène annexe pénible qu’ils traitent très différemment de l’expédition. Vers le consommateur, cela va aussi vite que possible, tandis que pour le retour à l’entrepôt, ils prennent leur temps. « Mais nous travaillons désormais à un nouveau service prévoyant des sites dans les différents pays où les biens retournés sont contrôlés aussi rapidement que possible. Les pièces A peuvent être d’emblée reprises dans le stock et revendues, de préférence à un client qui se situe le plus près possible du site. Le service est basé sur des photos des vêtements et une communication en ligne avec les gens sur place », déclare Johan Milliau.

Un grand nombre de marques ont d’ailleurs élaboré un système selon lequel les commandes e-commerce sont livrées dans le magasin où arrivent aussi les retours. « Nous venons quotidiennement dans ces magasins et pouvons donc aussi reprendre ces pièces retournées pour les amener à l’entrepôt. De cette manière, nous élargissons systématiquement nos services aux clients. Nous proposons aussi constamment de nouvelles solutions aux magasins eux-mêmes. Nous avions proposé à une chaîne belgo-néerlandaise de préparer les livraisons dans le magasin même au lieu de le faire dans une zone de livraison séparée. Les boîtes de vêtements arrivent alors juste devant les rayons et les étagères. Les employés perdent dans ce cas beaucoup moins de temps avec la préparation du magasin. Notre client a ainsi pu réaliser une belle économie sur le personnel », souligne Johan Milliau.

 

Il surveille en outre de près les développements dans le segment ultra high-end où les consommateurs dépensent beaucoup d’argent pour une livraison très rapide d’une pièce de vêtement et où les dames aiment être les premières à être vues dans la toute nouvelle jupe d’un styliste connu. « Ce service existe déjà aux USA, mais j’aimerais être le premier à le proposer en Europe. En même temps, je n’oublierai jamais que dans notre business il ne suffit pas de proposer toujours de nouveaux services, mais qu’il faut aussi réaliser en permanence des économies. Quand nous recevons 23 T-shirts dans une boîte de 22, cela rapporte toujours quelques cents et nous pouvons ensuite répercuter ces baisses de prix à nos clients. »

 

Implantations

 

Bleckmann possède pas moins de 350.000 m2 d’entrepôts dans 11 villes de Belgique, des Pays-Bas et du Royaume-Uni. A noter qu’un grand nombre de ces implantations sont accessibles par voie d’eau. « Bien que la logistique d’articles de mode puisse être très nerveuse, le but est quand même que la grande majorité des articles soient présents bien avant le début de saison dans les entrepôts. Le stock en vrac peut dès lors être expédié tranquillement par conteneurs maritimes. Dans la mesure où nous sommes situés, à Grobbendonk, Bergen-op-Zoom, Almelo et Hengelo, à proximité d’un terminal fluvial, nous sommes capables de réceptionner ces chargements de manière efficace. Une péniche peut transporter 60 conteneurs maritimes, de manière lente certes mais sûre. Pensez aussi que toutes ces marques fashion sont appréciées par les consommateurs et il est donc toujours bon d’être vraiment durable grâce à des actions concrètes », précise Johan Milliau.

En cas d’urgence, les vêtements sont aussi amenés en Europe par avion. « Parfois, les conteneurs d’Extrême-Orient sont bloqués à Dubai avant de poursuivre leur route avec certains produits. Le délai de livraison est ainsi réduit et nous ne devons pas payer le coût total du fret aérien. »

Pour l’approvisionnement des magasins dans le Benelux, Bleckmann collabore étroitement avec un transporteur spécialisé. « Nous vendons le transport, mais nous ne possédons pas de poids lourds. Pour cela, nous travaillons avec Paul Klarenbeek Fashion Forwarding. »

 

Peter Ooms

 

 

 

D’Eupen vers l’Amérique

L’histoire a débuté en 2009 lorsque Johan Milliau, Steven Rymenans et Philippe Desmet reprennent Belspeed, un prestataire logistique spécialisé implanté à Eupen. « Nous avons à l’époque injecté notre argent dans la société qui affichait un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros. Nous avons alors investi ce qui nous restait dans le renouvellement et le développement de l’infrastructure IT. Cinq ans plus tard, nous avons plus que décuplé le chiffre d’affaires, par le biais d’une forte croissance organique et de la reprise de TNT Fashion qui était très actif aux Pays-Bas. Avec cet achat, nous avons aussi adopté le nom Bleckmann. Il s’agit d’une entreprise qui était déjà active en 1862 dans la logistique et qui se profilait comme spécialiste textile. Nous avons donné ce nom illustre à la nouvelle organisation fusionnée. Pour l’avenir proche, un développement à l’étranger est encore au programme. Nous examinons une série de possibilités. Les USA sont l’une d’entre elles : plusieurs de nos clients américains nous demandent de venir les aider. »

Photo Johan Milliau : « En cinq ans, nous avons décuplé le chiffre d’affaires, par le biais d’une croissance organique et de la reprise de TNT Fashion. »

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