Bilan financier des concessionnaires : 2015, un excellent cru

 14/03/2017  Claude Yvens  Etudes
Bilan financier des concessionnaires : 2015, un excellent cru

Après une année 2014 difficile, 2015 a permis aux concessionnaires belges de poids lourds de redresser la barque. Chiffre d’affaires, productivité et rentabilité sont en nette hausse, tandis que la stabilité financière des entreprises du secteur s’est bien renforcée. Il était temps…

Trois facteurs peuvent expliquer la hausse du chiffre d’affaires moyen des concessionnaires belges : la hausse des immatriculations, le renchérissement des véhicules Euro 6 et la percée des services annexes (et de leur prix). Seul le premier élément nous étant connu, il est intéressant de le comparer, marque par marque, à l’évolution du chiffre d’affaires.

Davantage de camions… vendus plus cher

Globalement, le chiffre d’affaires des concessionnaires a progressé de 18,6 % en 2015. La valeur ajoutée, plus représentative de la richesse réellement créée, est en hausse de 8,7 %. C’est un excellent résultat si on le compare à 2014 (respectivement + 7,28 et + 2,06 %). Dans le même temps, les immatriculations (+ de 3,5 tonnes) étaient en hausse de 6,7 %, prenant à leur compte le tiers de l’augmentation du chiffre d’affaires. La composante ‘prix de vente’ et ‘vente de services’ est donc responsable des deux tiers restants. Sur ce plan, la situation est très différente d’une marque à l’autre (voir encadré).

C’est au sein du réseau Volvo Trucks que la composante ‘immatriculations’ a joué le moins (elles étaient en recul de 3,2%). On y a donc vendu davantage de services et/ou augmenté davantage les prix par rapport à l’année 2014. A l’inverse, le réseau Iveco a généré moins de valeur ajoutée par rapport à la progression de ses immatriculations en 2015. Le cas de Mercedes-Benz est à peu près similaire, même s’il faut ici relativiser les chiffres, puisque beaucoup de concessionnaires poids lourds vendent aussi des voitures particulières, ce qui fausse parfois les chiffres.

Chez MAN, où les immatriculations avaient progressé de plus de 10 %, l’augmentation de valeur ajoutée est proportionnellement faible, mais tout de même supérieure à la courbe des ventes. Enfin, DAF, Renault Trucks et Scania présentent à peu près le même profil de résultat, avec une composante ‘prix/services’ située entre +3 et +6 %.

Sur le plan des liquidités, l’amélioration est spectaculaire : + 40 % en moyenne, avec des pointes à + 60 % chez MAN. Une situation à laquelle les transporteurs, principaux clients des concessionnaires, ne peuvent pour l’instant que rêver en ces temps de taxe kilométrique.

Productivité en nette hausse

Un des gros points noirs soulignés dans les bilans 2014 était la faible progression de la productivité du personnel. Sur ce plan, 2015 marque un net rebond : + 7,12 %. Toutes les marques en profitent, mais c’est le réseau privé de Scania qui réalise la meilleure performance de l’année en faisant progresser sa productivité de plus de 14 %. L’importateur, quant à lui, passe de 77.586 à 84.748 EUR de valeur ajoutée par personne… mais sans qu’il soit possible de distinguer les pures activités liées à l’importation de l’activité ‘distribution’.

Belle progression aussi chez Renault Trucks, où la productivité moyenne a progressé de 10.000 EUR par personne en deux ans (mais où les chiffres bruts restent inférieurs à la moyenne des autres marques). Il ne fait donc aucun doute que les efforts de réorganisation réalisés par l’importateur (Van Hove à Anvers, transfert des clients bruxellois vers Londerzeel, reprise de RTS par Ampe) commencent à porter leurs fruits, puisque les résultats 2015 sont encore influencés par des garages (Excel Motors p.ex.) qui ne sont plus en activité aujourd’hui.

Pour le reste, MAN reste le champion de la productivité (86.300 EUR de valeur ajoutée par personne), mais cette place de leader lui est toujours contestée par Volvo Trucks (83.136 EUR/pers.). A l’évidence, la forte progression des ventes de véhicules multi-essieux Volvo Trucks se fait aujourd’hui positivement ressentir dans le réseau, tant ces véhicules sont davantage gourmands en entretiens et pièces.

Au classement de la productivité, le réseau Mercedes-Benz a perdu trois places entre 2014 et 2015, au profit de Scania, DAF et Iveco. La productivité spécifique des activités ‘poids lourds’ est toutefois impossible à identifier dans des entreprises comme Ghistelinck par exemple.

Ce qui est par contre certain, c’est que le réseau Mercedes-Benz est un ses seuls à avoir embauché en 2015 : + 1,91 %. Seuls Scania (+ 3,07 %) et Volvo Trucks (+5,92 %) ont fait ‘mieux’, mais dans leur cas, cela se justifiait davantage par le volume des ventes et par la progression de la valeur ajoutée.

Dans les quatre autres marques, les effectifs ont donc encore été dégraissés. Chez Renault Trucks et MAN, c’est la deuxième année consécutive.

Enfin des bénéfices…

Le meilleur est toutefois à venir. Enfin, en 2015, les concessionnaires belges ont retrouvé une rentabilité conforme à leurs efforts. En 2014, l’ensemble du secteur et ses 4200 collaborateurs avait réalisé un bénéfice net d’à peine 8,8 millions EUR, soit environ 2125 euros par personne employée. En 2015, ce chiffre passe à 5487 EUR/personne, pour un bénéfice total de plus de 23 millions EUR.

Pour les entreprises qui publient un chiffre d’affaires, cela représente une marge bénéficiaire de 1,79 %, un chiffre plus en rapport avec les efforts demandés aux concessionnaires par les marques qu’ils représentent.

La répartition de ce bénéfice global par marque laisse toutefois apparaître d’énormes disparités. Ainsi, la totalité du réseau Renault Trucks n’a dégagé que 141.000 euros de bénéfice net (mais au moins la perte de 2014 a-t-elle été évitée). Si l’on exclut Excel Motors du calcul (puisque la société a été mise en faillite), le bénéfice global s’établit à 393.000 EUR, ce qui reste le plus faible résultat de toutes les marques.

Chez Iveco, le bénéfice global est en léger recul, ce qui constitue un cas unique en 2015, mais le nombre de concessionnaires qui ont réalisé un bénéfice net a progressé de 24 à 28 en un an (les entreprises qui ne réalisent pas de bénéfices sont souvent de petits agents qui ne travaillent que sur le Daily).

Globalement, il faut maintenant espérer que l’année 2016 (où les immatriculations ont progressé de 13,6 % en plus de 3,5 tonnes) confirme 2015. Si c’est le cas, la rentabilité moyenne du secteur pourrait enfin passer le cap des 2, voire des 2,5 %, ce qui constitue le seuil minimal en-deçà duquel il n’est pas tentant d’investir. Le maintien de la couverture actuelle du territoire par les réseaux des sept marques serait donc davantage garanti qu’il y a un an, et personne ne s’en plaindra.

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