Automatisation et robotisation : l’innovation s’accélère subitement

 19/06/2019  Philippe Van Dooren  Expertise Center, Logistics
Automatisation et robotisation : l’innovation s’accélère subitement

Dans les cinq à six prochaines années, la numérisation et l’automatisation connaîtront une énorme accélération. Cette prédiction n’est pas neuve. Mais aujourd’hui, les choses ont changé. La technologie’ cloud’ est en plein essor, ce qui met enfin l’échange de big data et la blockchain à l’ordre du jour, tandis que l’intelligence artificielle augmente la polyvalence des robots, ce qui réduit leur coût d’utilisation.

Quatre tendances de marché se dégagent aujourd’hui clairement. Elles constituent un défi pour la politique des entreprises et l’élaboration de leur stratégie. Première tendance : les exigences des consommateurs sont très différentes de celles qui étaient les leurs il y a quelques années. Les ‘millennials’ attendent une gratification instantanée, plaçant les entreprises sous forte pression. La deuxième est que la technologie offre de nouvelles possibilités : la technologie cloud explose et l’IA génère – en combinant des données très diverses – des outils d’analyse et de prédiction extrêmement performants pour ne citer que deux exemples. Par ailleurs – et c’est la troisième tendance – les limites entre les acteurs du marché s’estompent : le gâteau était partagé, mais de nouveaux-venus perturbent la donne : le seuil d’accès au marché est nettement plus bas, notamment grâce à la technologie. Enfin, la quatrième tendance concerne, sur le plan macro-économique, la ‘stagnation séculaire’ : l’économie croît encore à peine sur les marchés développés. Le gâteau, en d’autres termes, ne gâteau ne grandit plus. Pour qu’elles puissent croître, les entreprises sont obligées d’augmenter leur part de marché. Conséquence : la pression sur les prix reste constamment forte.

Selon Wouter Denayer, CTO BeLux chez IBM, ces quatre tendances font en sorte que l’évolution de l’IT et de l’automatisation va aller dans une mesure croissante dans le sens du ‘Software as a Service’ (SaaS) et des plates-formes sectorielles. « Traditionnellement, les entreprises investissent dans des systèmes IT dont l’implémentation est longue et lente. Il est aussi difficile de les faire évoluer. Nous pensons que les sociétés vont de plus en plus se connecter à des plates-formes sectorielles. Sur la base de données génériques, de données partagées et de données propres à l’entreprise, il est possible de réaliser des analyses et de développer des outils qu’une société seule ne pourrait mettre en place », dit-il. Souvent, il s’agit d’une combinaison de ‘big data’ et de blockchain. Il donne deux exemples de plates-formes qu’IBM a développées en tant que ‘facilitateur’ : Food Trust et TradeLens. « TradeLens qui a été développé avec Maersk, apporte par exemple de la visibilité dans toute la chaîne logistique jusqu’au niveau du conteneur. Tout au long de la chaîne, des informations sont aujourd’hui toujours collectées sur papier et partagées par e-mail. L’information est donc fragmentaire et circule principalement en PDF. TradeLens, c’est du ‘track & trace’ de premier choix : chaque information est partagée électroniquement, en temps réel, via blockchain à chaque étape de la supply chain et par chaque participant (armateur, transporteur, port, douane, etc.). Aucune entreprise ne peut supporter financièrement à elle seule un tel système. IBM et Maersk ont jeté les bases. Sans devoir investir eux-mêmes de grosses sommes, les différents maillons de la supply chain peuvent se connecter », explique Denayer.

« Food Trust, de son côté, est une plate-forme qui garantit la sécurité alimentaire au sein de la supply chain. Nous avons commencé avec Walmart mais d’autres chaînes de supermarchés – et leurs fournisseurs, transporteurs, etc. – y sont aujourd’hui connectées. Cette plate-forme est un écosystème global dans lequel les participants partagent l’infrastructure et les ‘points de connexion’. Ici aussi, la blockchain joue un grand rôle. Aujourd’hui, quand un produit est considéré comme dangereux, des masses de produits doivent être rappelés et détruits. Si l’on peut exactement constater où, quand et comment une faute s’est produite, on peut déterminer avec précision quels produits il faut rappeler. Les réductions de coûts sont immenses », ajoute encore Denayer.

Les robots deviennent mobiles et polyvalents

Les plates-formes vont jouer un rôle toujours plus important dans l’organisation des supply chains. Au sein même des entrepôts, ce sont les robots qui s’imposeront dans les prochaines années.

Selon une étude d’ABI Research, un consultant stratégique dans le domaine des prévisions de marché, 4 millions de robots opéreront d’ici à six ans – en 2025 donc – dans 50.000 entrepôts à travers le monde. Aujourd’hui, ils sont utilisés dans 4.000 centres logistiques ‘à peine’. L’accélération s’explique par le fait que la livraison le jour même est en train de devenir la norme dans l’e-commerce.

Dans la logistique du commerce électronique – l’e-fulfilment – cela génèrera une demande accrue pour davantage de flexibilité et d’efficacité, ce qui à son tour débouchera sur une robotisation poussée. Cette tendance sera stimulée par des prix plus abordables et par un retour sur investissement plus rapide des robots qui deviendront également plus polyvalents et mobiles. Ils constitueront une alternative attractive aux solutionsd’automatisation mécaniques traditionnelles et aux opérations manuelles.

« Sans devoir investir eux-mêmes de grosses sommes, les différents maillons de la supply chain peuvent se connecter à une plate-forme. »

« L’e-commerce est caractérisé par une demande très fluctuante, des pics saisonniers et des exigences de livraison toujours plus élevées de la part du consommateur. Les robots permettent d’intensifier rapidement les opérations dans un centre logistique tout en relevant les défis relatifs à l’occupation du personnel », déclare Nick Finill, Senior Analyst d’ABI Reseach. Le personnel se raréfie et devient plus cher. Il est dès lors difficile d’attirer du personnel et de faire varier l’occupation avec souplesse en fonction des pics saisonniers.

Les Automated Guided Vehicles (AGV), Autonomous Mobile Robots (AMR) et autres systèmes Goods-to-Person deviendront meilleur marché et remplaceront de plus en plus souvent l’automatisation mécanisée. Celle-ci est caractérisée par un investissement de départ très élevé et une infrastructure physique rigide. « Les robots mobiles, par contre, présentent l’avantage de la flexibilité. Les fournisseurs peuvent, en fonction des pics et des creux, mobiliser des robots supplémentaires ou en retirer. Et ils permettent de reconfigurer très simplement des opérations et des flux entiers au cas où la demande évolue. Il s’agit d’un atout sur le marché de l’e-commerce imprévisible et dynamique », dit Nick Finill. Ces robots deviendront en outre plus polyvalents à relativement court terme, notamment grâce au progrès énorme dans le domaine de la ‘computer vision’, de l’IA, du ‘deep learning’ et de la motricité. Selon lui, ils pourront reprendre bientôt les tâches qui sont aujourd’hui difficiles à automatiser.

Les conséquences iront sans doute bien plus loin que ce que décrit ABI Research. L’e-commerce a en effet créé de nouvelles attentes de la part du consommateur. Elles commencent à apparaître progressivement dans d’autres secteurs. Toujours cette ‘gratification instantanée’… En d’autres termes, les acheteurs de produits industriels et B2B s’attendront de plus en plus à ce que les fournisseurs réagissent positivement à l’exigence d’être livré rapidement et avec flexibilité. Pas forcément le même jour comme dans l’e-commerce, mais très souvent le jour suivant. Ceci, combiné à la pénurie de personnel logistique, devrait donc permettre à la robotisation de trouver plus rapidement sa voie dans la logistique conventionnelle.

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