Alain Adriaens (Ideal Freight): « Nous devrons répercuter »

 01/06/2015  Claude Yvens  Expertise Center
Alain Adriaens (Ideal Freight): « Nous devrons répercuter »

Spécialisés dans la distribution, Alain Adriaens et son frère Bruno ont failli tomber de leur chaise quand ils ont appris les projets du gouvernement de Bruxelles-Capitale en matière de taxe kilométrique. Pour eux, pas le choix : il faudra répercuter la hausse sur les clients.

« Ma première réaction a été ‘mais qui va vraiment payer cela ?’ », raconte Alain Adriaens. « Aujourd’hui, on ne connaît pas encore avec précision l’impact que cette taxe kilométrique aura sur le prix de revient, mais on estime la hausse entre 7,5 et 10,5 %. Il est évident que nous ne pouvons pas absorber ce surcoût nous-mêmes. Je trouve même qu’il faudrait instaurer un principe de répercussion obligatoire de la taxe kilométrique sur le client, comme cela était envisagé en France pour l’écotaxe. Quand on voit combien de temps il nous a fallu pour répercuter la surcharge diesel… Et tous les kilomètres ne seront de toutes façons pas refacturables, notamment pour aller chercher le premier client ou pour les retours en fin de journée.» Et Adriaens de rappeler qu’il devra toujours payer l’Eurovignette pour livrer au Grand-Duché de Luxembourg…

Spécialisation

Adriaens n’est pourtant pas le plus mal placé pour faire face aux conséquences de la taxe kilométrique. Sa société Ideal Freight a en effet réussi à se spécialiser dans quelques niches de marché où ses prestations sont mieux valorisées. Alain Adriaens : « Nous favorisons les contacts directs et roulons aussi peu que possible en sous-traitance. De même, nous ne recourons pas souvent à des sous-traitants, à moins que ce ne soit rentable et que tout se passe dans le respect de notre philosophie d’entreprise.

Nous nous sommes spécialisés dans des domaines où la connaissance spécifique du chauffeur peut faire la différence. C’est le cas dans le domaine du chauffage et de la ventilation, ou dans le placement de distributeurs de boissons. Là, nous nous chargeons de tout jusqu’à ce que le technicien effectue les branchements nécessaires. » Une stratégie qui a plutôt bien réussi à Ideal Freight, puisque la croissance des activités a nécessité un déménagement de Zellik vers un bâtiment plus grand à Lot en 2011. Ce bâtiment a permis d’ajouter la gestion de stock aux activités de distribution traditionnelles.

Il n’empêche que, même en misant sur la spécialisation, Ideal Freight subit la pression d’une concurrence qui pratique parfois des tarifs qu’Alain Adriaens qualifie d’abracadabrantesques : « Comment peut-on proposer la livraison d’un colis de 100 kg en 24 heures dans toute la Belgique pour 6,5 euros ? Il y a vraiment des gens qui ne savant pas calculer un prix de revient… ou qui n’ont tout simplement pas la même base de coûts. »

Alain Adriaens : “Il faut instaurer un principe légal de répercussion de la taxe kilométrique.”

Alain Adriaens : “Il faut instaurer un principe légal de répercussion de la taxe kilométrique.”

Risque de délocalisation

Dans ce contexte, l’arrivée prochaine de la taxe kilométrique fait peur. « Outre la question de la répercussion, Viapass va entraîner un surcroît de travail administratif en interne. Les transporteurs devront en outre préfinancer la TVA en Wallonie et déposer des cautions pour les OBU. Pour certains, même cette caution posera problème auprès des banques. » Mais c’est surtout l’impact de la taxe à Bruxelles qui lui pose question : « 37.5 centimes au kilomètre, cela ne va rien solutionner en matière de mobilité. Bruxelles va être inondée d’utilitaires légers qui transporteront deux palettes au lieu d’avoir un camion qui en transporte dix. Nous en avons déjà acheté quatre. »

Pour se faire livrer un colis à Bruxelles, un client aura en effet le choix entre un tarif ‘utilitaire léger’ et un tarif ‘poids lourds’ grevé de ces fameux 37.5 centimes (dans le meilleur des cas). Le choix sera vite fait… Adriaens pointe encore un autre risque : « La région de Bruxelles-Capitale va voir fuir ses sociétés vers la Flandre ou la Wallonie. Les importateurs ou les distributeurs de matériel, toutes ces sociétés installées à Anderlecht, elles risquent de délocaliser. »

Par ailleurs, Alain Adriaens est bien conscient de la possibilité qui s’ouvrira à des sociétés comme la sienne de reprendre à leur compte des activités de distribution actuellement effectuées pour compte propre.

Plan & Ride

Ideal Freight ne reste donc pas les bras croisés. Il y a deux ans, Alain Adriaens s’est associé à un informaticien. « Je n’y connaissais pas grand-chose en programmation et lui rien au transport, mais ensemble, nous avons réussi à développer un logiciel de planification qui est parfaitement adapté aux petites structures comme la nôtre. Pour nous, les paquets proposés par les grands fournisseurs traditionnels ne conviennent pas. Nous payons cher pour n’utiliser qu’une petite partie des fonctionnalités. Plan & Ride, puisque c’est le nom de notre logiciel, nous permet de gérer la livraison des colis et des palettes, les CMR et les preuves de livraison pour le client via un extranet. L’interface chauffeurs passe par un smartphone ou une tablette. Depuis que nous avons implémenté le système chez nous, le nombre de coups de téléphone au planning a diminué de manière impressionnante. »

Alain Adriaens a donc fondé une nouvelle société Transport IT qui débute la commercialisation du système Plan & Ride et envisage déjà la deuxième phase de son développement : permettre aux utilisateurs du système de s’échanger des colis dans une bourse d’échanges fermée. De quoi encore réduire les retours à vide en fin de journée ou le recours à un courrier express pour satisfaire un client de dernière minute. De quoi apporter une réponse, même partielle, aux défis posés au secteur par l’arrivée imminente de la taxe kilométrique en Belgique, et à Bruxelles en particulier.

Ideal Freight en bref

Année de création : 1977

Siège principal : Lot

Spécialité : distribution

Rayon d’action : Belux, nord de la France, région de la Ruhr

Flotte : 20 porteurs Volvo, 4 utilitaires légers

Effectifs : 15 ETP (2013)

Valeur ajoutée 2013 : 821.000 euros

Bénéfice 2013 : 60.000 euros

www.idealfreight.be

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Alain Adriaens (Ideal Freight): “We zullen moeten doorrekenen” PDF

 

 

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