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Valorisation d’une entreprise : l’EBITDA est le critère principal

 02/06/2017  Claude Yvens  Economie
Valorisation d’une entreprise : l’EBITDA est le critère principal

Même s’il existe encore plus de 8000 sociétés de transport en Belgique, le monde du transport routier continue à se concentrer. Fusions et acquisitions se succèdent, mais comment déterminer la valeur de l’entreprise à céder ? Intraco Consulting a développé une méthode basée sur l’EBITDA.

Dans un secteur toujours dominé par les structures familiales, il est souvent difficile d’objectiver la valeur d’une entreprise. « L’idée que se fait le chef d’entreprise de la valeur de sa société est souvent erronée », avance Xavier Deltour, Senior Consultant chez Intraco Consulting.

Un EBITDA à corriger

Combien de reprises n’ont-elles en effet pas capoté parce que trop d’éléments irrationnels venaient ‘polluer’ les chiffres ? Pour parvenir à une estimation correcte, il faut à la fois analyser les données comptables passées et estimer le potentiel de développement futur. Le tout est d’arriver à pondérer ces différents éléments pour obtenir une valeur qui servira de base à la négociation finale.

« L’évaluation patrimoniale, qui se base sur l’actif net réévalué, n’indique en rien quelle pourrait être la rentabilité future de l’entreprise. Or, ces actifs, qui sont souvent des véhicules dans le cas d’une société de transport, ne sert qu’à dégager un rendement pour les actionnaires futurs », indique Xavier Deltour, qui privilégie donc une méthode basée sur la multiplication de l’EBITDA.

Sa méthode évalue aussi le potentiel futur de l’entreprise tout en permettant l’intégration de facteurs extérieurs (macro-économiques p.ex.). « L’EBITDA n’est de plus pas influencé par la structure financière de la société et par les politiques d’amortissement et de provisions, soit deux éléments qui sont aisément modifiables par le repreneur. », explique Xavier Deltour. Il faut cependant corriger les chiffres bruts en analysant d’autres données comptables comme les coûts ou produits exceptionnels qui ont été comptabilisés au niveau du bénéfice d’exploitation ou comme les ‘charges de confort’ (frais pas directement liés à l’activité de la société) ou les provisions pour litiges en cours. Une fois ces facteurs neutralisés, on établit une moyenne de l’EBITDA des trois dernières années.

Facteur de risque

A cet EBITDA moyen et ‘corrigé’ est appliqué un facteur multiplicateur qui représente le risque à supporter par l’acheteur (voir encadré). Plus le multiplicateur est élevé, plus la société est forte et moins le risque supporté par l’investisseur est grand. « Le coefficient multiplicateur devra être déterminé en fonction d’un benchmark réalisé par rapport à d’autres transactions déjà réalisées dans le secteur d’activité considéré et d’une évaluation de la performance de la société à l’intérieur de son secteur. », poursuit Xavier Deltour. Cette évaluation consiste à passer au crible les forces et faiblesses de la société dans les domaines de l’environnement économique, de la qualité et de la gestion financière (voir encadré).

Du facteur K obtenu, il faut alors déduire les dettes financières nettes pour obtenir une idée fiable de la valeur de l’entreprise mise en vente. Retirer les dettes financières nettes permet en effet d’éliminer l’effet de la méthode de financement choisie pour le parc roulant, la charge se retrouvant dans les services et biens divers si l’on a opté pour du leasing opérationnel et dans le passif si on a opté pour le leasing financier.

« Cette méthode est particulièrement bien adaptée aux PME familiales, sans relations intra-groupe. », précise encore Xavier Deltour, qui conclut en indiquant qu’il est utile de mener de front au moins deux méthodes d’évaluation de la valeur avant d’entamer la phase de négociation.

“L’EBITDA n’est pas influencé par des facteurs que le repreneur peut facilement modifier, comme la structure financière. » (Xavier Deltour, Intraco Consulting)

 

Deux méthodes pour calculer l’EBITDA

EBITDA = Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation & Amortisation

Il représente l’excédent brut d’exploitation et comprend le résultat avant amortissements, les provisions, les impôts et les charges financières.

Méthode 1

Chiffre d’affaires – Achats – Charges externes – Charges de personnel

Méthode 2

Résultat net + charges d’intérêt + Charges d’impôts + Amortissements et provisions

Détermination de la valeur

Chaque critère pertinent est analysé et génère une cote de 2, 4, 6 ou 8 (pour éviter les cotes médianes). Il existe des critères relatifs à :
l’environnement de l’entreprise (accessibilité, infrastructure, intensité de la concurrence, stabilité des contrats, capacité de développement du site…)
– la qualité et au personnel (image de l’entreprise, bilan social, politique de formation, âge moyen, force de l’organisation, productivité, litiges et respect des normes…)
– la gestion financière de la société (marge nette, rentabilité globale, fonds de roulement, ratios de rentabilité, de solvabilité, de liquidité…)
Ces trois familles de critères génèrent une note. Additionnées, ces notes donnent la ‘force’ de la société.

 

Cette ‘force’ est alors placée dans une matrice pré-établie qui varie d’un secteur d’activité à l’autre (à paramètres comparables, une société de transport routier est moins attractive qu’une société pharma) et envisage plusieurs hypothèses de croissance pour la société (de ‘croissance nulle’ à 2 %). Il en résulte un ‘facteur K’ qui correspond au multiplicateur de l’EBITDA corrigé et qui indique la valeur de la société après déduction des dettes financières nettes.