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Règlement CLP : un impact énorme sur les entrepôts

 28/11/2013  Claude Yvens  Economie, Logistics
Règlement CLP : un impact énorme sur les entrepôts

> Les règles ADR en matière de transport ne sont pas liées au règlement CLP. > Le CPL a un impact sur l’IT, sur les formations et, surtout, sur les entrepôts des prestataires logistiques. > De nouveaux types de services, comme l’étiquetage à la commande, peuvent être une solution.

Les prestataires logistiques doivent eux aussi se préparer à l’ impact du CLP sur le stockage des produits chimiques. Bien qu’ ils sachent qu’ il y a du changement dans l´air, ils ne sont parfois pas en mesure d´évaluer correctement la manière dont ce règlement affectera leurs activités. Cela n´a en réalité rien d´étonnant. Saskia Walraedt, de la fédération des entreprises chimiques, reconnaît en effet que même au sein du secteur, l´attentisme fait plus souvent figure de règle que d´exception, même si l´impact est parfois énorme.

Il n´empêche que les transporteurs ADR sont prêts à aider leurs clients. Peter Gehlen, managing director de Gehlen Schols : « Ce ne sera pas la première fois qu´un produit changera soudainement de classe de risque. Ça s´est déjà produit, et nous avions rapidement réglé la question. Je me rappelle toutefois que ça avait beaucoup ennuyé notre client, qui avait dû entièrement repenser la gestion de son produit… et le faire très vite. Nous sommes avant tout un transporteur ADR. Nous n´entreposons donc pas de produits dangereux. Dans l´exemple en question, nous avions dû prévoir plus de capacité, mais aussi veiller à nous limiter à cette intervention. »

Systèmes IT et formations

Quoi qu´il en soit, les règles ADR en matière de transport ne sont pas liées au règlement CLP. Son impact sur les transporteurs est donc limité. Mais comme en témoignent les réactions de H.Essers et de Norbert Dentressangle, les conséquences sur les entreprises qui stockent des produits chimiques sont colossales. Bram Blondé, operations director chemicals & ports logistics de Norbert Dentressangle Belgique, était jusqu´il y a peu responsable du site de Welkenraedt, où sont entreposés les produits chimiques conditionnés. Ce site gigantesque rassemble 55 000 rayonnages à palettes pour une quarantaine de clients. « Cela fait déjà deux ans que nous effectuons les transformations nécessaires afin de satisfaire aux nouveautés du règlement CLP. Nous avons agi dans le sillage de nos clients les plus réactifs, ceux qui avaient introduit ces nouvelles règles le plus rapidement possible.

Si ces entreprises souhaitent aller si vite, c´est pour éviter que les produits qui portent de vieilles étiquettes ne restent dans les rayonnages et ne doivent être réétiquetés pour être vendus. Le délai de transition est de 2 ans, mais de nombreux acteurs du secteur tardent à faire le nécessaire. En revanche, bon nombre de nos clients se sont déjà entièrement conformés aux nouvelles exigences. L´une des options qui s´offrent à nous est d´utiliser à la fois le nouveau et l´ancien système dans notre entrepôt », explique Bram Blondé.

Selon Norbert Dentressangle, le premier impact s´est fait ressentir au niveau de l´IT. Les données des  produits chimiques qui se trouvent sur le site ont toutes dû être vérifiées et modifiées. « L´introduction du CLP s´est en premier lieu faite via le département Quality, Environment, Health & Safety. Pour cela, notre équipe est passée de 3 à 5 membres. Nous avons p. ex. engagé un chimiste pour nous aider à adapter les données de milliers de produits, conformément à la nouvelle classification et aux nouvelles règles H et P. Cela prendra un an », poursuit Bram Blondé. Par ailleurs, l´entreprise a également dû former ses collaborateurs, afin que ces derniers connaissent au moins la signification des nouveaux symboles.

Transformation de l´entrepôt

C´est cependant sur les bâtiments des prestataires logistiques que le règlement CLP a l´incidence la plus significative. « Certains produits qui n´étaient pas dangereux le deviennent, d´autres changent de classe de danger. Il faut donc les entreposer différemment. Notre site de Welkenraedt est divisé en 15 zones, chacune équipée en fonction des produits qui y sont stockés. Les liquides inflammables, p. ex., se trouvent dans un magasin dont chaque rayonnage à palettes est installé en dessous d´un dispositif anti-incendie à base de mousse. D´autres produits sont stockés sous un système d´extincteurs automatiques à eau. Nous avions réparti notre site en 15 zones, en fonction du volume. Le CLP entraîne certains changements, et l´espace que nous avions prévu ne suffit parfois plus. Nous devons donc effectuer des transformations. Cela exige des investissements de taille », explique Bram Blondé. Ce dernier indique par ailleurs que chaque modification apportée au bâtiment doit être conforme aux règles actuelles en matière de construction, ce qui, habituellement, entraîne des dépenses supplémentaires.

Services supplémentaires

La société H.Essers s´est également livrée à un exercice similaire, et a construit un tout nouvel entrepôt sur son site de Wilrijk. Spécialement destiné au stockage des produits légèrement inflammables (classes P1 et P2), il a été doté d´une installation à mousse carbonique ultra performante, de compartiments ignifugés et de sols surélevés afin de pouvoir contenir les fuites de liquides. Les produits les plus dangereux peuvent donc y être entreposés sans problème. Ce nouveau bâtiment fait par ailleurs partie d´un site de 135 000 m² où sont principalement conservés des produits chimiques. Parallèlement au stockage et au transport, H.Essers se prépare à offrir des services plus spécialisés. Maarten Goossens, business development manager chimie : « Le règlement CLP va selon nous entraîner une augmentation des besoins en matière de stockage et de transport. Mais nos contrats actuels prévoient déjà divers services supplémentaires. Ils concernent l´embouteillage, le reconditionnement, les mélanges, le contrôle qualité, etc. Nous pensons toutefois que bon nombre de nos clients auront des difficultés à apposer toutes les informations obligatoires sur leurs étiquettes et emballages (voir article précédent). Aussi avons-nous déjà examiné diverses possibilités afin d´étiqueter et d´emballer directement les produits dans notre entrepôt. »

H.Essers souhaite ainsi jouer la carte de la « différenciation retardée », un processus qui vise à repousser le plus possible la finition des produits destinés à un client ou un marché bien précis, idéalement juste après la commande. H.Essers applique déjà cette méthode dans certains secteurs, comme celui du chocolat, où les friandises sont emballées dans des sachets, des boîtes et des bacs juste avant leur expédition. C´est ce qu´on appelle le « conditionnement après commande ». Se basant sur les défis de l´industrie chimique, H.Essers a élaboré une solution baptisée « étiquetage après commande » : les produits à l´aspect générique sont entreposés et ne sont étiquetés qu´au dernier moment, dans la bonne langue. Il est même parfois possible d´imprimer les étiquettes directement dans l´entrepôt. H.Essers a participé au développement de cette solution pour Axalta (voir page ) et a même élaboré un système automatisé pour le stockage temporaire des produits finis en collaboration avec le fournisseur I-Collector. « Axalta n´a finalement pas opté pour cette solution, mais d´autres clients sont intéressés », conclut Maarten Goossens.

Séminaire

Le 19 novembre dernier, H.Essers et la fédération du secteur de la chimie Essenscia ont organisé un séminaire consacré au CLP. Une cinquantaine de participants ont assisté à un exposé consacré au règlement, à un cas pratique d´Axalta et à une présentation sur la solution d´H.Essers, avant de visiter le nouvel entrepôt.

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