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TRANSPORT Management 84 (07/2015)

 27/07/2015  Yannick Haesevoets  

Quand le fédéral désavoue les Régions…

Lors d’un entretien qui vient de paraître dans notre annuaire « TRANSPORT & VAN in Belgium », Jacqueline Galant, Ministre fédérale de la Mobilité, a pris des positions aussi tranchées que… franchement en porte-à-faux avec celles défendues par ses collègues des niveaux régionaux. Elle n’y va pas de main morte en stigmatisant le fait qu’elle ne voit pas « de quelle manière la taxe pourrait améliorer la mobilité dans notre pays. » Et de poursuivre : « Elle entraînera une hausse générale des coûts pour les entreprises, qui sera répercutée sur les consommateurs. » Et de conclure en pointant « la concurrence entre les régions, notamment au niveau des compensations accordées aux transporteurs belges par les entités fédérées. » Concurrence dont « les entreprises localisées dans certaines régions pourraient pâtir. » Et toc : ce sont Messieurs Weyts (Flandre), Di Antonio (Wallonie) et Smet (Bruxelles) qui doivent apprécier…

Du côté des transporteurs, c’est la grogne qui était de mise avec, en apothéose, la manifestation du 18 juin, qui a réuni 250 camions dans les rues de Bruxelles. Une démonstration de force pour les fédérations patronales, heureuses de l’ampleur de la mobilisation même si, comme souvent dans ces cas-là, ce sont essentiellement les (toutes) petites entreprises qui ont joué le jeu, les grandes flottes s’étant en effet montrées fort discrètes. Dommage. Dommage également que les syndicats ne se soient pas associés à cette action, la CSC Transcom n’hésitant pas à clamer qu’elle n’était par principe pas opposée à la taxe kilométrique, « car en étant appliquée aux Belges comme aux étrangers, elle peut permettre de lutter contre le dumping social ». L’art du contrepied dans toute sa splendeur !

Ceci étant, au-delà de la détermination affichée par les participants à la manifestation, quels résultats peuvent-ils en attendre ? Soyons d’emblée réaliste : même si certains manifestants portaient des bonnets rouges (distribués par l’UPTR), la taxe/redevance ne sera pas supprimée, comme le fut en son temps l’écotaxe française sous les coups de boutoir des Bretons. La marge de manœuvre du monde politique belge est réduite, l’Europe s’opposant à toute forme d’aide sectorielle. Il faudra donc se montrer créatifs. Côté wallon, on évoque des « mesurekes » (réduction de la taxe de circulation pour les moins de 12 tonnes, aide au renouvellement de flotte « propre »,…). Côté flamand, on évoque encore rien… sinon la possibilité d’étendre encore le réseau payant « s’il apparaît que le transport lourd recherche des alternatives gratuites »… Quand aux fédérations du secteur, leur principale revendication porte sur l’exonération de l’ONSS sur les heures non productives (temps d’attente au chargement/déchargement). Seront-elles entendues ? Rien n’est moins sûr.

Christophe Duckers,
Directeur de la rédaction.