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LOGISTICS IN BELGIUM (mai 2017)

 10/05/2017  Yannick Haesevoets  

Quo vadis, Belgica logistica?

La Belgique logistique se meurt, entend-on souvent dire. Force est de constater que ces dernières années, le nombre d’entreprises étrangères à créer de nouveaux centres européens de distribution dans notre pays a fondu comme neige au soleil. Dans cette édition ‘Logistics in Belgium’, il nous a semblé intéressant de faire le bilan et de voir si, effectivement, la Belgique a perdu de ses plumes au niveau logistique.  Le bilan est nuancé.

Ne serait-ce qu’une question d’impression ? Je crois qu’il faut tout d’abord faire la distinction entre les centres de fulfilment pour l’e-commerce, qui se multiplient aux Pays-Bas et en Allemagne, et les EDC. Par essence, ce sont des opérations différentes, tant au niveau des infrastructures que des besoins en personnel. Les plateformes pour l’e-commerce sont orientées B2C et les EDC le sont B2B. Cette différence est importante : dans les premières, l’impératif est la flexibilité (et la réglementation… ni le personnel belge n’excellent sur ce point) et dans les secondes la priorité va à l’expertise et la qualité du travail. Et sur ce point, la Belgique conserve ses atouts.

Mais alors, pourquoi attirons-nous aujourd’hui moins d’EDC qu’il y a 20 ou 25 ans, lorsque les multinationales les créaient l’un après l’autre ? Il faut se remettre dans le contexte de l’époque. Le marché unique a été créé en 1993, libérant les structures logistiques des carcans nationaux (et douaniers). Les consultants s’accordaient à l’époque pour dire que le cœur de ce qu’on appelait (et appelle encore) la ‘banane bleue’, c’était le Benelux. Un épicentre proche des principales régions économiques et des ports d’Anvers et Rotterdam. La Belgique et les Pays-Bas se sont partagé le gâteau lors de cette période dorée, car la localisation était le principal souci.

Une autre raison est que, d’une manière générale, il se crée moins d’EDC en Europe.  Certes, la globalisation a fait que la production s’est déplacée vers l’Extrême-Orient, ce qui a accru la nécessité de s’appuyer sur des EDC pour assurer la distribution des produits importés de là-bas. Mais fondamentalement, ce sont les mêmes entreprises qui importent. Ceci ne crée pas de besoin en nouveaux EDC, mais rend nécessaire l’extension des infrastructures existantes. Les exemples de Nike ou de Skechers sont parlants. Les nouvelles multinationales nées en Chine ou en Inde, sont encore rares et elles vendent encore souvent en s’adressant au consommateur en direct (par l’e-commerce). Leurs centres de distribution sont en Asie.

Ceci étant, il ne faut pas se voiler la face. Notre pays a des problèmes structurels, dont le coût salarial et l’impôt sur les sociétés, qui est de 34 %. Les entreprises déjà présentes savent qu’il est compensé par la haute productivité. Pour les nouveaux-venus, ce sont des ‘benchmarks’ qui effraient. Il y a donc encore du pain sur la planche, tant au niveau politique qu’à celui du marketing…

 

Philippe Van Dooren,
Rédacteur en chef.